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	<title>PPUR - La Science en livres</title>
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	<description>L'actualité des Presses polytechniques et universitaires romandes &#38; EPFL Press</description>
	<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 08:02:47 +0000</pubDate>
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		<title>Coordonner les universités suisses</title>
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		<pubDate>Tue, 31 Jan 2012 07:53:58 +0000</pubDate>
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En mai 2006, le peuple et les cantons suisses ont accepté une révision en bloc des articles constitutionnels sur la formation, ouvrant la voie à l’obligation expresse de mettre en place une coordination et une coopération efficaces entre les cantons d’une part, et entre les cantons et la Confédération d’autre part. [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/coordonner-les-universites-suisses/#more-2660" target="_self">&gt; L’interview de<span class="AuthorName"> Jean-Philippe Leresche</span></a></strong></p>
<p><span class="AuthorName"><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-931-6.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Gouverner les universités" src="http://us.cdn1.123rf.com/168nwm/ohmega1982/ohmega19821110/ohmega1982111000001/10753703-asian-teacher-writing-scientific-formula-on-the-whiteboard.jpg" alt="" width="168" height="113" /></a>En mai 2006, le peuple et les cantons suisses ont accepté une révision en bloc des articles constitutionnels sur la formation, ouvrant la voie à l’obligation expresse de mettre en place une coordination et une coopération efficaces entre les cantons d’une part, et entre les cantons et la Confédération d’autre part. Cette dernière voit son pouvoir d’intervention renforcé : par exemple, lorsque la coordination est jugée insuffisante, la Confédération peut édicter des instructions contraignantes, en particulier dans le domaine de l’enseignement supérieur . <span id="more-2660"></span></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/361GfxWj4us" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>De telles dispositions s’appliquent à un système dont la fragmentation reste la principale caractéristique. Le système helvétique d’enseignement supérieur a atteint, au cours de ces 50 dernières années, un degré d’enchevêtrement très avancé des responsabilités et des compétences. D’où différents projets de refonte du système suisse de l’enseignement supérieur, et la mobilisation de mesures d’harmonisation, de coordination et de coopération de ce système. Les nouveaux articles constitutionnels de 2006 s’ajoutent à d’autres réformes menées durant les années 1990 et 2000 pour répondre à cet enjeu central.</p>
<p><strong>Construction d’un modèle national des hautes écoles</strong></p>
<p>La complexité du système universitaire suisse contemporain est le fruit d’une série d’évolutions paradigmatiques, propres à différentes temporalités, et de certaines permanences dans les problèmes et obstacles rencontrés. Considérée de manière schématique, trois grandes périodes segmentent l’évolution du système universitaire suisse, durant lesquelles les problématiques viennent davantage s’ajouter que se substituer les unes aux autres. La reprise d’une périodisation classique (Leresche et al., 1996 ; Perellon, Leresche, 1999) permet d’en rappeler les principales caractéristiques.</p>
<p><strong>Le modèle cantonal</strong></p>
<p>Du 19e siècle à 1950 environ, le tissu universitaire suisse se développe dans les limites des cantons qui financent la majorité des établissements universitaires. Durant cette période, la plupart des universités suisses ont été inscrites dans les dispositions constitutionnelles des cantons qui les hébergent . Certes, la Confédération possède sa propre haute école avec l’Ecole polytechnique fédérale de Zurich (EPFZ), créée en 1854, mais on constate peu d’enchevêtrement des compétences entre les acteurs politiques d’une part, et entre ceux-ci et les milieux académiques d’autre part. On parle alors d’un ‘modèle simple’, caractérisé par une forte relation entre pouvoir politique et universités et par un important ancrage au niveau cantonal. Mais, dans un système politique où la souveraineté est partagée entre ses différentes entités, on peut se demander qui est, sur le plan légal, en charge de la politique nationale. La base législative à l’origine de l’EPFZ est l’article 22 de la Constitution fédérale de 1848, lequel prévoyait la création d’une école polytechnique et d’une université fédérales, mais ce deuxième projet ne vit jamais le jour, principalement en raison de l’opposition des cantons, soucieux de protéger leurs propres universités cantonales (Criblez, 2008). Ce refus d’un projet pourtant bien antérieur au fédéralisme suisse – l’idée remonte au milieu du 18e siècle – est emblématique du problème constitutionnel qui caractérise le système éducatif suisse, dans lequel la souveraineté politique sur les établissements de formation est davantage motivée par la sauvegarde de l’identité cantonale que par la nécessité d’une cohérence au plan national.</p>
<p>L’Université fédérale refait d’ailleurs surface de manière continue au parlement, soit sous l’impulsion de nouveaux initiants, soit par le biais de débats sur le système éducatif helvétique (Deppeler, 1967). Au cœur des discussions figure constamment la question de la légitimité de la Confédération dans la création d’un tel établissement. Le manque de clarté de la constitution fédérale en matière d’éducation s’ajoute à la susceptibilité des cantons dans ce domaine pour complexifier l’équilibre des compétences. De sorte que la responsabilité de la politique universitaire est non seulement partagée entre les différents niveaux politiques (cantons-Confédération), mais aussi entre les institutions, elles-mêmes, autonomes vis-à-vis de leurs autorités de tutelle respectives.</p>
<p>La dimension locale des universités change durant et après la Seconde guerre mondiale, sous le double effet d’une nationalisation de la science (création d’académies scientifiques nationales) et de l’intervention de la Confédération dans le financement de la recherche, avec notamment la création du Fonds national suisse de la recherche scientifique en 1952 (Fleury, Joye, 2002). Durant les années 1960 et 1970, l’augmentation massive du nombre d’étudiants, la pression pour la démocratisation des études, la diversification des disciplines, l’importance de la recherche scientifique dans une économie en mutation et l’internationalisation de la science entraînent une intervention accrue de la Confédération dans le système universitaire (Benninghoff, Leresche, 2003 ; Gees, 2006 ; Lepori, 2007 ; Joye-Cagnard, 2010).</p>
<p><strong>Le modèle national</strong></p>
<p>Parallèlement à l’entrée de la Confédération dans le financement des universités cantonales (Loi fédérale sur l’aide aux universités, 1968, LAU), la période est marquée par une forte institutionnalisation au niveau fédéral, avec la création de nouveaux organes comme le Conseil suisse de la science (CSS, 1965), la Conférence universitaire suisse (CUS, 1968), l’Office fédéral de l’éducation et de la science (OFES, 1979), ou la reprise de filières universitaires jusqu’alors cantonales, comme l’Ecole polytechnique de l’Université de Lausanne (1853, EPUL), devenue en 1969 Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL). Le domaine des EPF est placé depuis 1969 sous la direction d’un Conseil des écoles polytechniques fédérales (CEPF). Les cantons renforcent leurs liens entre eux, par exemple avec la mise en place d’un système de répartition du financement des universités entre cantons universitaires et non-universitaires , ou par la constitution d’associations comme la Conférence universitaire romande (1969, CUR).</p>
<p>Cette multiplication des acteurs et des niveaux de la scène universitaire suisse caractérise le ‘modèle ouvert’, ce qui n’empêche pas la survivance et l’affirmation de problèmes centraux, en particulier au plan institutionnel. Les cantons et la Confédération peuvent organiser les établissements universitaires selon leurs propres critères, aves des conséquences importantes tant sur la configuration institutionnelle que sur les filières de formation proposées, sur les diplômes délivrés, sur les conditions d’admission, sur la durée des cursus, voire sur les barêmes de notation des examens. Ces différences posent un réel problème d’organisation avec l’augmentation du nombre d’étudiants et de leur mobilité à partir des années 1960, mettant à jour les lacunes en matière d’harmonisation et de coordination des études universitaires. Avant la mise en œuvre du processus de Bologne dès 2002-2003 en Suisse, ces aspects sont traités par le biais de différents organes intercantonaux et interuniversitaires, tels la Conférence des directeurs cantonaux de l’instruction publique (1897, CDIP), qui réunit l’ensemble des Conseillers d’Etat des cantons universitaires, la Conférence des Recteurs des universités suisses (1904, CRUS), ou d’autres organes limités à un espace linguistique, comme la CUR. A l’exception de certaines disciplines, comme la médecine, qui disposent de cursus règlementés au niveau fédéral, les questions relatives à l’enseignement et aux filières de formation restent l’apanage des établissements universitaires et des cantons.</p>
<p>Sur un plan plus organisationnel, si toutes les universités se ressemblent plus ou moins dans leur structure par facultés, des différences substantielles existent entre les universités cantonales et les Ecoles polytechniques fédérales. Tandis que les premières sont constituées de facultés, selon le modèle académique humboldtien, les secondes reposent sur une organisation par départements. Si l’EPFZ reste à ce jour organisée en seize départements, l’EPFL a procédé, après l’arrivée du Président Patrick Aebischer en mars 2000, à une profonde réorganisation des départements en cinq facultés et deux collèges associés, conférant à l’institution un profil académique inédit. D’autre part, l’organisation des structures de direction est plus ou moins similaire entre l’EPFL et l’EPFZ, toutes deux au bénéfice d’un système vertical, le Président et ses Vice-présidents disposant d’un pouvoir fort, tant au plan stratégique qu’opérationnel. A contrario, le pouvoir d’un Rectorat universitaire est encore largement tributaire des facultés, tandis que d’autres organes, comme le Conseil de l’université ou le Sénat dans certains cas, sont clairement conçus comme des contrepoids au Rectorat. Et si la plupart des universités cantonales ont réformé leurs structures d’organisation dans les quinze dernières années dans le sens d’une « présidentialisation » des autorités de direction (Fumasoli, 2007), les Recteurs ne disposent pas actuellement d’une liberté d’action comparable à celle des présidents des EPF. Parce qu’elle est organisée de manière verticale, et parce que son lien avec l’autorité de tutelle est contractualisé depuis 1999 par un mandat de prestations et non plus uniquement par une loi fédérale, une EPF dispose d’une plus importante marge d’action qu’une université. Ce n’est qu’avec le renouvellement des lois universitaires que la plupart des universités cantonales ont pu, par exemple, élargir leur liberté d’action dans la création de nouvelles facultés sans devoir passer par une modification du texte législatif au niveau cantonal, et donc par une votation du parlement, voire courir le risque d’un référendum populaire. A ce jour, seules les lois sur les universités de Lucerne, Neuchâtel et du Tessin citent nommément les orientations disciplinaires des facultés .</p>
<p><strong>Le modèle multi-niveaux</strong></p>
<p>Le troisième modèle, dit ‘complexe’ ou multi-niveaux, découle certes de la forte institutionnalisation du ‘modèle ouvert’, mais s’inscrit aussi en rupture avec la phase de croissance qui a marqué cette deuxième période. Tandis que le nombre d’étudiants est toujours en forte hausse, les restrictions budgétaires du début des années 1990 touchent les universités de plein fouet, renforçant la compétition entre les institutions et favorisant les restructurations organisationnelles. Le refus en votation en décembre 1992 de l’entrée de la Suisse dans l’Espace économique européen (EEE) renforce d’autant plus le rôle de la Confédération dans la recherche de solutions à l’intégration des universités suisses au niveau international et européen. Les enjeux de coopération et de coordination entre les universités s’imposent alors comme des instruments de réduction des dépenses et de repositionnement stratégique des établissements universitaires. Le ‘modèle multi-niveaux’ voit l’affirmation de l’intervention fédérale de manière plus radicale que précédemment ; le principe de subsidiarité qui régissait l’action fédérale cède la place à une politique plus interventionniste, accompagnée d’un élargissement des compétences de la Confédération dans le domaine de l’éducation en général (Perellon, Leresche, 1999 ; Benninghoff, Leresche, 2003 ; Lepori, 2007).</p>
<p>La reprise au niveau fédéral des Hautes écoles spécialisées (HES), jusqu’alors cantonales, dans la seconde moitié des années 1990, introduit un nouvel élément de concurrence pour les universités cantonales. La création d’un Groupement de la science et la recherche (1990, GSR) au niveau fédéral marque la volonté d’une harmonisation du système par le haut, tandis que l’aide fédérale aux universités se diversifie à la fin des années 1990 (Joye-Cagnard et al., 2008). Mais si le pouvoir fédéral recommande la réorganisation et favorise la coopération entre les structures cantonales, la compétence politique de mise en œuvre reste largement subordonnée aux cantons. Dans ce ‘modèle multi-niveaux’, l’action publique est souvent fragmentée et dépend davantage des politiques cantonales, voire régionales, que de la Confédération.</p>
<p>Cette période est toujours marquée par les problèmes constitutionnels et institutionnels évoqués précédemment, auxquels s’ajoute de manière plus marquée la fragmentation des territoires de la politique universitaire (Leresche et al., 1996 ; Perellon, Leresche, 1999). La notion de ‘territoire’ recouvre non seulement les aspects géographiques, mais aussi la question des territorialités politico-institutionnelles des universités, leur inscription locale ou régionale, leur rapport aux différents niveaux de souverainetés politiques (cantonal, fédéral), et leur dimension culturelle, voire identitaire. D’un point de vue strictement géographique, le cas suisse se distingue par deux caractéristiques majeures : d’une part, le nombre des universités (12 avec les écoles polytechniques) semble particulièrement élevé au regard de la population (7,8 millions d’habitants en 2010) ; d’autre part, leur répartition sur le territoire national ne correspond pas complètement aux équilibres linguistiques et régionaux. Il apparaît en effet que la Suisse romande héberge presqu’autant d’universités (Fribourg, Genève, Neuchâtel, Vaud) que la Suisse allemande (Bâle, Berne, Lucerne, Zurich, St Gall), pour un territoire et une population sensiblement plus réduits. Cette disparité, qui peut s’expliquer par l’importance accordée aux universités sur les plans locaux et cantonaux, est l’une des composantes du problème de la coordination interuniversitaire.</p>
<p>La richesse de ce dense maillage universitaire a soulevé un  problème de financement à partir du début des années 1960 (cf. le rapport Labhardt de 1964), les besoins dépassant les possibilités cantonales. Or, si la Loi fédérale sur l’aide aux Universités (LAU) de 1968 élargit les contextes cantonaux à une réalité universitaire nationale, celle-ci est dépourvue d’instrument de pilotage. Et ni les initiatives de création de nouvelles universités en Suisse du nord-ouest (Argovie), en Suisse centrale (Lucerne) ou en Suisse italienne (Tessin), ni le développement d’une politique nationale de la recherche par le biais du FNS (Latzel, 1979 ; Benninghoff, Leresche, 2003 ; Lepori, 2007) ne permettent de s’en approcher. L’idée d’une Université suisse sera reprise comme un concept d’organisation des universités cantonales dans le courant des années 1990 (cf. chapitre 2). Stigmatisé par la comparaison internationale dès les premières enquêtes de l’OECE des années 1950, le système universitaire suisse évolue dans une incohérence touffue dont la Confédération saura user pour intervenir sur les cantons (Gees, 2006 ; Joye-Cagnard, 2010), sans toutefois parvenir à imposer ses velléités coordinatrices. Et malgré les nombreuses recommandations faites par le CSS durant les années 1970 et 1980 (Perellon, 1998), malgré les mesures de la CUS (Joye-Cagnard et al., 2008), malgré les tentatives de réformes de la LAU et de la constitution fédérale, la cantonalisation du système universitaire national reste sa principale caractéristique.</p>
<p>Durant les années 1990, la dimension territoriale renouvelle le questionnement sur le devenir des universités. Le vote négatif sur l’EEE de décembre 1992, qui avait vu les cantons francophones (pour) s’opposer aux cantons germanophones (contre), le non l’ayant emporté de très peu (50.3%) , favorise l’émergence d’un nouveau discours sur le rôle politique des cantons romands. Popularisée par différents travaux (Leresche, Bassand, 1991 ; Leresche et al., 1995), l’idée de la métropolisation de la région lémanique, « de Montreux à Genève » selon l’une des nombreuses formules consacrées, est reprise par la presse régionale et nationale, à l’instar du journal Le Nouveau Quotidien, lancé en 1991, qui organise à le Forum de Glion réunissant le « gratin » politique et intellectuel pour débattre des visions d’avenir pour la Suisse romande et la région lémanique. Après les propositions de Guy-Olivier Segond dans les années 1992 et 1993 de créer un gouvernement commun à Vaud et à Genève , Philippe Pidoux relança l’idée d’une fusion pure et simple des deux cantons en juin 1997 , un refus en votation populaire des deux cantons clôturant l’affaire en juin 2002 . Le rapprochement des infrastructures comme des entités politiques (parlements et gouvernements cantonaux) s’exprime à travers des structures ou des projets développés à différentes échelles (lémanique, romande ou Suisse occidentale). Or, dans ce contexte de rapprochement politico-institutionnel, l’analyse des principaux problèmes rencontrés permet de saisir les dynamiques de la coordination, ses formes, ainsi que ses obstacles.</p>
<p><strong><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-931-6.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></p>
<pre>Extrait du titre <em><span class="BookTitle">Gouverner les universités</span></em>
de <span class="AuthorName">Jean-Philippe Leresche</span>, <span class="AuthorName">Frédéric Joye-Cagnard</span>, <span class="AuthorName">Martin Benninghoff</span> et <span class="AuthorName">Raphaël Ramuz</span>
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>Bertil Galland, un savoir vivant</title>
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		<pubDate>Mon, 30 Jan 2012 08:07:39 +0000</pubDate>
		<dc:creator>polyadmin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[&#62; L’interview de Jean-Philippe Leresche
Une vie avec les mots et les livres, une vie pour les livres et les mots. « Un livre qui paraît presque rien et qui peut être presque tout», déclare Bertil Galland dans un entretien filmé à l’occasion de la remise du Prix du Rayonnement par la Fondation vaudoise pour la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="&lt;iframe width=&quot;560&quot; height=&quot;315&quot; src=&quot;http://www.youtube.com/embed/5VyOcviPL6k&quot; frameborder=&quot;0&quot; allowfullscreen&gt;&lt;/iframe&gt;" target="_self">&gt; L’interview de <span class="AuthorName">Jean-Philippe Leresche</span></a></strong></p>
<p><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-939-2.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Bertil Galland, un savoir vivant" src="https://encrypted-tbn1.google.com/images?q=tbn:ANd9GcSyAdCF0K0AiyWDzq16MnRL4JenbPZlQSf_JXe6dBMSIwdeLWA7" alt="" width="184" height="132" /></a>Une vie avec les mots et les livres, une vie pour les livres et les mots. « Un livre qui paraît presque rien et qui peut être presque tout», déclare Bertil Galland dans un entretien filmé à l’occasion de la remise du Prix du Rayonnement par la Fondation vaudoise pour la culture en 2007. Quel plus bel intitulé de Prix décerné à Bertil Galland que celui du Rayonnement? Rayonnement intérieur et rayonnement extérieur. Bertil Galland a fait entrer le monde entier dans sa vie, ses livres et ses chroniques et ceux-ci constituent eux-mêmes un ensemble complet qui fait l’œuvre, la marque et la force tout à la fois granitique et magnétique de l’homme.<span id="more-2662"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/5VyOcviPL6k" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Lors de cette séquence du film, nul hasard si Bertil Galland tient dans ses mains un recueil de poèmes de Nicolas Bouvier que celui-ci lui a dédicacé (Le Dehors et le Dedans). Dans sa dualité fondamentale, Bertil Galland a lui-même toujours été dedans et dehors, dans le canton de Vaud et ailleurs, en lui-même et avec les autres. Pas seulement vaudois mais aussi citoyen du monde tel qu’il le voit et tel qu’il y aspire. S’éloigner du canton de Vaud est une manière pour lui de s’en rapprocher. Près et loin à la fois, n’est-ce pas l’une des postures préférées de Bertil Galland? Empathie et distanciation ne sont-elles pas nécessaires au libre exercice de la raison et de l’esprit critique? Trop d’empathie enlève le discernement. Trop de distanciation tue les sentiments et l’émotion. Ce double registre n’est-il pas tout simplement ce qui façonne l’écrivain, l’éditeur, le journaliste, le reporter, le chroniqueur et, pour tout dire, l’homme Galland ?</p>
<p>Mangeur de mots, à la fois vorace et sélectif dans sa gourmandise, il avale l’écrit avec une grande sûreté de jugement qui lui permet de séparer immédiatement «le bon grain de l’ivraie». Cet appétit pantagruélique de mots est une constante observée par tous ceux qui ont compagnonné avec Bertil Galland. Il en est qui lisent sans écrire et d’autres qui écrivent sans lire. Lui, jamais rassasié, fait les deux avec passion, énergie et franchise, toujours brûlant du feu ardent de l’ouvrage suivant. Au cinéma, on aurait parlé d’un «monstre sacré», Jean-Jacques Langendorf évoque, plus loin, un «géant des lettres», un «colosse de l’édition». Ici nul besoin de surjouer l’hommage en saluant l’entrepreneur culturel, le vigoureux bâtisseur et le passeur imaginatif. Exigeant, altruiste et généreux avec les auteurs qu’il publie (thème qu’Etienne Barilier aborde dans son texte), aussi à l’aise que le cruciverbiste averti lorsqu’il faut mettre ses pas (ou ses mots) dans ceux des autres (« ses » auteurs) que puissamment créatif lorsqu’il produit sa propre œuvre, «il donne confiance à qui exprime et à qui imprime», comme le dit Jacques Chessex dans un portrait saisissant de Bertil Galland.</p>
<p>Au fond, sur la base des témoignages et analyses rassemblés ici, on pourrait dire que, dès son enfance puis son adolescence, Bertil Galland a toujours été simultanément dans l’ici et l’ailleurs. Son « logiciel » personnel le dédouble en Suisse et dans le monde, lui-même se définissant d’ailleurs comme un «métis (&#8230;) qui a beaucoup vagabondé» (comme si «le survenu du froid avait fait halte avec une conviction d’autant plus certaine qu’il avait à s’inventer un lieu et à s’y légitimer, et à façonner dialectiquement ce lieu à la dimension de son Imaginaire», selon Chessex). C’est quand on le croyait très ancré dans le canton de Vaud qu’il en était le plus éloigné, sillonnant les Etats-Unis, l’URSS, la Chine, l’Afrique et le Proche-Orient. Et c’est quand on le croit bourguignon depuis 1996 qu’il en est le plus près : c’est depuis Rimont en France qu’en août 2000 il lance dans le journal 24 Heures un appel visionnaire à créer la Collection Le savoir suisse.</p>
<p>Peut-être fallait-il justement s’éloigner de la Suisse pour saisir la nécessité de mettre en valeur les savoirs produits dans les hautes écoles de ce pays et les placer à la portée d’un large public. Peut-être voit-on mieux de loin et après avoir fait le tour du monde que la Suisse est plurielle, à la fois addition de petites communautés locales et ouverture sur le vaste monde. Peut-être fallait-il tous ces reculs et appartenances pour rassembler des femmes et des hommes de talents, de générations et d’horizons intellectuels, politiques et professionnels si différents. La recette de la diversité intellectuelle et politique avait certes déjà été mise à l’épreuve de l’ouverture progressive du comité éditorial de la revue Ecriture, elle sera reprise avec succès dans la composition du comité d’édition de la Collection Le savoir suisse.</p>
<p>Bertil Galland, citoyen du monde, polyglotte, avide de savoirs et de découvertes, au courage chevillé au corps quand la guerre est là tout autour de lui (Vietnam, Biafra, Proche-Orient, etc.). Bien sûr, il a joué un rôle capital d’«accoucheur» ou de «facilitateur» de la littérature romande des années 60-80 mais, en même temps, il faisait découvrir la Chine de Mao à ses lecteurs. Le réduire au canton de Vaud reviendrait à passer à côté de sa dimension cosmopolite et de son imaginaire européen. Ne pas voir qu’il est aussi vaudois serait ignorer son lien privilégié avec un coin de pays qu’il a parcouru de part en part («ce pays de Vaud où, comme tout vrai nomade, il tente de se trouver les racines», analyse Bouvier). Seule une vision multiscopique permettrait de saisir ses différentes attaches et d’en identifier les ramifications et les compositions polyphoniques.</p>
<p>La place de Bertil Galland dans les lettres romandes, suisses et francophones a déjà été solidement authentifiée et documentée. Elle est précisée et enrichie dans cet ouvrage à travers les contributions de Roger Francillon, Françoise Fornerod, Daniel Maggetti et Sylviane Roche. En outre, son goût pour la poésie est attesté depuis fort longtemps, les poètes lui en sont du reste reconnaissants qui lui en dédient ici de très personnelles (Pierre-Alain Tâche et Alexandre Voisard). Par contre, sa place et son rôle dans la presse romande sont encore à établir (ce à quoi s’attachent les témoignages de Christophe Gallaz et Jacques Pilet), que ce soit comme journaliste, chroniqueur ou reporter, comme si les profonds liens entre les différents métiers qu’il exerce n’avaient pas encore été pleinement discernés. Or, ces deux univers ont toujours dialogué sous la plume de Bertil Galland, nourrissant ses chroniques de ses lectures et, inversement, mettant ses chroniques au service de projets éditoriaux ambitieux et novateurs.</p>
<p>De ce dernier point de vue, il applique rigoureusement la même démarche pour promouvoir la littérature romande, qu’il décortique en juin 1966 dans une série d’articles de la Feuille d’Avis de Lausanne intitulée «Petite analyse structurale de la littérature en Suisse romande», et pour initier Le savoir suisse les 7 et 14 août 2000 dans 24 Heures (« Parmi nos livres une collection manque: ‘‘Le savoir suisse’’» et «Pour structurer le débat public sur l&#8217;avenir de ce pays ») : d’abord, un diagnostic assez sévère de la situation accompagné d’un appel solennel à agir, suivi – faute de combattants suffisamment vaillants pour s’attaquer à la lourde et vaste mission proposée par Bertil Galland dans ses articles – de la mise en mouvement d’un collectif qu’il anime avec talent et détermination. Lorsque l’ambition n’est pas au rendez-vous, il finit donc toujours par se saisir du projet dont il a été l’inspirateur pour le mener à chef. Avec l’ascèse du moine-soldat (« moine intermittent» dit Gallaz) qui avance droit par tous les temps, tranquilles ou tempétueux, il va jusqu’au bout de la mission et de l’engagement avec conviction, quel qu’en soit le coût personnel, pourvu que la cause soit noble et digne des espoirs qu’il place en chacun et que sa précieuse indépendance soit garantie.</p>
<p>Dans ses chroniques de 24 Heures, le livre est sa matière première. Il salue ainsi nombre d’ouvrages et d’aventures éditoriales auxquelles il ne participe pas directement. En mai 1995, à l’occasion de la parution du 200e «Cahier rouge» publié par la Fondation Jean Monnet pour l’Europe, il exprime son admiration pour les travaux de son ami Henri Rieben (« Rouge vif pour l’Europe »). D’ailleurs, il reviendra à Bertil Galland de lui rendre hommage lors de ses obsèques le 16 janvier 2006 à la cathédrale de Lausanne, saluant à la fois le « grand » Vaudois et le « grand » Européen. A la lecture de cet hommage, l’on ne peut s’empêcher d’établir un rapprochement entre ces deux hommes. Galland citant Monnet dit de Rieben : « peu d’hommes ont eu aussi peu de pouvoir et autant d’influence». Il est troublant de penser que cette sentence pourrait tout aussi bien s’appliquer à Bertil Galland lui-même qui a été beaucoup lu et écouté par de nombreux élus municipaux, cantonaux et fédéraux (citons notamment Jean-Pascal Delamuraz, Jean-Pierre Pradervand, Pierre Cevey, Pierre Duvoisin ou Marx Lévy), sans qu’il n’ait jamais clamé une once d’emprise ou d’ascendant sur quiconque!</p>
<p>Or donc, si l’éditeur a déjà été plusieurs fois célébré, que ce soit à l’occasion de ses 60 ans avec un magnifique numéro (38) de la revue Ecriture, qui réunit alors les plus belle plumes de la littérature romande, ou deux ans plus tard lors de la réception du Prix Montaigne – dont témoigne l’hommage que Nicolas Bouvier lui rend avec une affection et une amitié indéfectibles –, ou lors de la fête de départ en Bourgogne avec sa femme Betty en 1996 (cf. le texte de Jean-Jacques Rapin), le journaliste et le reporter sont généralement comme occultés.</p>
<p>Hémiplégie ou effet d’optique qui rejoindrait une vision monomaniaque et trompeuse du Galland valdo-vaudois? Dans cette image d’Epinal, tout se passe en effet comme si Bertil Galland avait benoîtement grimpé petit à petit à l’échelle de ses appartenances multiples, commençant son travail d’éditeur au niveau cantonal avec les Cahiers de la Renaissance vaudoise en 1960, puis (dès la fin des années 1960), avec l’énergie et le succès qu’évoque Yves Gerhard, l’Encyclopédie illustrée du Pays de Vaud, promouvant aussi «la nouvelle littérature romande» avec sa propre maison d’édition (dès 1972), puis, de 1974 à 1979, à l’échelle suisse la Collection CH et, dès 2001, créant Le savoir suisse, en passant dans l’intervalle par l’échelle francophone et européenne, avec la co-édition d’ouvrages avec Grasset (Jacques Chessex et Georges Borgeaud) et Gallimard (Corinna Bille, Nicolas Bouvier, Alice Rivaz) et recevant le Prix Montaigne en 1992 à l’Université de Tübingen.</p>
<p>Illusion que cette vision en escalier de son parcours identitaire, au gré des développements de sa carrière professionnelle et de sa notoriété. Pas plus exclusivement vaudois ou romand à 13 ans qu’à 80 ans. Plusieurs témoignages sont là qui rappellent que, à ce très jeune âge, Bertil Galland traduisait lui-même des chapitres du livre Knulp de Hermann Hesse (comme il le raconte dans son texte « L’Allemagne ») et qu’au même âge il se rendait au Monte Verità à la rencontre des penseurs européens qui fréquentaient ce haut lieu. Assemblage singulier et précoce, ce n’est là que l’un des multiples paradoxes de celui qui, bon gré mal gré, incarne tout à la fois un canton de Vaud qui a disparu (si tant est qu’il n’ait jamais existé dans sa toute puissance souveraine !?) et l’ouverture au monde des Lumières et de l’humanisme. En quelque sorte, entre l’Encyclopédie vaudoise et Le savoir suisse, il y a l’Europe et le monde !</p>
<p>Autant «Vaudois de Bourgogne» fêté par Philippe Jaccottet dans cet ouvrage que «Suisse-scandinave» décrit par Bouvier, le Nord se cache toujours derrière le Vaudois. Ulla LundquistRosenqvist, la traductrice de Luisella en suédois, ne reconnaît plus le timbre de voix de Bertil lorsqu’il se met à lire en public dans sa langue maternelle. Dans le présent ouvrage aussi, l’un de ses amis de jeunesse, Jacques Dewaele, raconte le voyage quasi initiatique qu’ils font ensemble dans l’Europe du nord à 17 ans puis rappelle la période de sa formation de journaliste aux Etats-Unis. Sans compter ses grands reportages dans des pays ou des régions en guerre, sa découverte de la Chine (Les Yeux sur la Chine, paru en 1972) et son « improbable » amitié avec le Prince Norodom Sihanouk du Cambodge, racontée ici par Etienne Delessert et Jacques Pilet.</p>
<p>Son engagement n’est pas seulement littéraire et journalistique. Il est aussi politique au sens large du terme. Il s’est engagé dans le débat d’idées sur la place et l’avenir de ce canton à une époque où la Ligue vaudoise – bien que particulièrement controversée – rencontrait encore un certain écho dans le débat public (laissons aux historiens nous dire la part que Galland a prise dans ces débats, cf. notamment la contribution de Denis Bussard et François Vallotton sur le « divorce » avec la Ligue vaudoise). Mais son engagement politique dans le canton s’est aussi manifesté a travers des combats en faveur de la protection de la nature, du paysage et du patrimoine bâti. Signe d’ouverture d’esprit, cet engagement a été jusqu’à changer son opinion sur les combats menés par Franz Weber pour « Sauver Lavaux ». Dans un ouvrage paru en 20117, Bertil Galland explique avec conviction pourquoi et comment il a changé d’avis sur cette question («On peut se porter bien de voir tous les matins ce qui est beau [...]. Et le laid tue.») et rappelle qu’il s’était déjà engagé aux côtés de Franz Weber pour sauver un quartier de Lutry. Cette conversion n’apparaît pas comme la manifestation d’un «cramponnement» ou d’une «crispation» identitaire à la terre vaudoise mais est présenté comme un combat en faveur de la défense de la beauté d’un site reconnu et labellisé au niveau international (« Patrimoine mondial de l’UNESCO »).</p>
<p>D’autres combats de Bertil Galland ont dû troubler l’establishment, en particulier celui pour la défense de la liberté d’expression. Dans un article resté fameux de la Feuille d’Avis de Lausanne du 1er décembre 1966 «Andersson n’est pas un étranger », Bertil Galland exprime son indignation lorsque l’éditeur Nils Andersson est expulsé de Suisse par le Conseil fédéral en raison de ses activités politiques. Avec d’autres, comme le raconte Nils Andersson dans son texte, Bertil Galland contribua ensuite avec succès à faire lever cette mesure en 1986&#8230;</p>
<p><strong><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-939-2.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></p>
<pre>Extrait du titre  <em><span class="BookTitle">Bertil Galland ou Le regard des mots</span></em>
sous la direction de <span class="AuthorName">Jean-Philippe Leresche</span> et <span class="AuthorName">Olivier Meuwly</span>
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>Les fondamentaux de la finance d&#8217;entreprise</title>
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		<pubDate>Fri, 27 Jan 2012 14:54:40 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/les-fondamentaux-de-la-finance-dentreprise/#more-2647" target="_self">&gt; L’interview d&#8217;<span class="AuthorName">Yves de Préville</span></a></strong></p>
<p><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-891-3.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Les fondamentaux de la finance dentreprise" src="http://us.cdn4.123rf.com/168nwm/yalax/yalax1109/yalax110900001/10670478-clock-mechanism-made-from-currency-coins-dolar-currency-dependence.jpg" alt="" width="168" height="95" /></a>Il existe des milliers d’ouvrages sur la finance et sur la finance dans l’entreprise. Certains sont destinés à des personnes qui vont faire carrière dans la comptabilité et la finance. Ce sont des ouvrages très spécialisés et souvent très spécifiques à un pays ou groupe de pays, car les règles qui régissent la comptabilité sont légèrement différentes d’un pays à l’autre. Certains sont des réflexions de très haut niveau sur les fondements des règles de comptabilité, donc très loin des préoccupations quotidiennes d’un chef d’entreprise ou d’un directeur de division. D’autres, encore, sont des ouvrages de vulgarisation, qui fournissent les bases de la compréhension, mais ne permettent pas de développer de nouveaux outils d’analyse financière et ne sont pas très « opérationnels ».<span id="more-2647"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/qCXl5C4TjAo" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Cet ouvrage est destiné à tous ceux qui, dans leur activité professionnelle, doivent prendre des décisions importantes avec des implications financières, mais qui n’ont pas la formation en comptabilité et finance nécessaire. Son but est de leur fournir les éléments qui leur permettront de comprendre comment une entreprise gagne de l’argent, et donc de pouvoir prendre des décisions fondées sur des bases financières solides.</p>
<p>Les entreprises attendent de leurs cadres qu’ils fassent usage des données financières de l’entreprise pour allouer leurs ressources et diriger leurs affaires. Toutefois, beaucoup de cadres, en particulier ceux ayant une formation technique, ne savent pas lire les documents financiers et ne connaissent pas les principes et règles qui permettent de les établir. Ils ne connaissent pas la terminologie, ni comment combiner et calculer ces informations pour soutenir leurs décisions.</p>
<p><strong><br />
A quoi sert un bilan?</strong></p>
<p>Un bilan est un instantané de la situation financière d’une entreprise, c’està-dire une évaluation de toutes les valeurs des biens et des dettes de cette entreprise à une date donnée. Un bilan doit permettre à son lecteur de lire la «santé» financière de l’entreprise. Il sert aux divers créditeurs (propriétaires, banques, fournisseurs) à évaluer les risques qu’encourent leurs placements ; il sert aux nouveaux fournisseurs à déterminer les termes de paiement de leurs ventes à cette entreprise ; il sert aux gestionnaires de l’entreprise à prendre des décisions financières ; il sert à l’Etat à des fins statistiques et fiscales. C’est donc un instrument largement utilisé dont la qualité et le sérieux se doivent d’être au-dessus de tout soupçon.</p>
<p>Nous verrons toutefois que malheureusement cette qualité et ce sérieux ne sont pas toujours au-dessus de tout soupçon.<br />
La comptabilité est la discipline qui permet la construction du bilan (et des autres documents financiers que nous présenterons dans les chapitres suivants). Cette discipline s’appuie sur un certain nombre de principes généraux et des règlements assez stricts (par exemple, Generally Accepted Accounting Principles [GAAP], International Financial Reporting Standards [IFRS]). Certains pays imposent, pour des raisons fiscales, des normes supplémentaires ou des règles particulières. D’une manière générale, ces dernières n’affectent pas les aspects de la construction d’un bilan que nous allons aborder ici.</p>
<p>La finance est l’art d’utiliser les informations tirées du bilan (et des autres documents financiers) pour construire des budgets, évaluer des scénarios de développement de l’entreprise et prendre les décisions qui en découlent. Nous comprenons ainsi l’importance de la qualité des informations contenues dans les documents financiers.</p>
<p><strong>Que trouve-t-on dans un bilan?</strong><br />
Un bilan est constitué deux grands groupes d’éléments :</p>
<p>• Les actifs que l’on peut définir comme les possessions de l’entreprise qui doivent lui fournir de la valeur financière dans le temps.<br />
• Les passifs qui sont les sommes que l’entreprise doit à ses propriétaires, bailleurs de fonds, fournisseurs, Etat, employés&#8230;</p>
<p><strong>Dans le livre d&#8217;Yves de Préville vous aurez : </strong></p>
<p>• Pourquoi, dans la comptabilité en partie double (ou à double entrée), les actifs sont strictement égaux aux passifs.<br />
• Ce qui différencie un investissement d’une charge et un revenu d’un capital.<br />
• Comment « lire » un bilan.</p>
<p><strong>Encaissements ou facturations</strong></p>
<p>Il existe deux grandes façons de tenir une comptabilité :</p>
<p>• La méthode des encaissements par laquelle les revenus ne sont reconnus (c’est-à-dire enregistrés dans les livres comptables) que lorsqu’ils sont encaissés par l’entreprise, et les charges lorsqu’elles sont effectivement payées.</p>
<p>• La méthode des facturations par laquelle les revenus sont reconnus au moment où l’entreprise émet une facture, et les charges aussitôt que les factures des fournisseurs sont reçues.</p>
<p>Au sein des entreprises industrielles, seule la méthode des facturations est utilisée. La méthode des encaissements n’est utilisée que pour les très petites entreprises qui opèrent essentiellement sur une base de liquidités (par exemple, les commerces). Dans cet ouvrage, seule la méthode des facturations sera traitée.</p>
<p><strong>Grands principes de la comptabilité</strong></p>
<p>Pour que les différents agents économiques qui traitent avec une entreprise puissent comprendre les informations fournies par les documents financiers, un certain nombre de principes et de règles ont été édictés dont les plus importants sont:</p>
<p>• Le principe de cohérence. Il impose aux comptables d’appliquer les mêmes méthodes et procédures d’une période comptable à l’autre. (période comptable : temps écoulé entre deux bilans).</p>
<p>• Le principe de sincérité. Les comptables doivent refléter de bonne foi l’état financier de l’entreprise.</p>
<p>• Le principe de prudence. La réalité doit être représentée telle quelle : on ne doit pas essayer de faire paraître les choses sous un meilleur jour. Typiquement, un revenu ne devrait être enregistré que lorsqu’il est certain et une provision devrait être faite pour une charge qui est probable.</p>
<p>• Le principe de continuité d’exploitation. Dans les rapports financiers, on part de l’hypothèse que l’entreprise va durer dans le temps. Ce principe modère le principe de prudence : les actifs n’ont pas à être enregistrés à leur valeur de revente, et il est accepté qu’ils le soient à leur valeur historique actualisée.</p>
<p>• Le principe d’indépendance des exercices. Toute entrée comptable doit correspondre à la période où elle a son effet et cette entrée doit être divisée si elle a un effet sur plusieurs périodes. Les produits et les charges sont comptabilisés au fur et à mesure que ceux-ci sont acquis ou que celles-là sont engagées. Par exemple, si un client paie à l’avance un abonnement à cheval sur deux périodes, le revenu correspondant doit être réparti sur les deux périodes pro rata temporis et non enregistré à la date de la transaction.</p>
<p>• Le principe des coûts historiques. A leur date d’entrée dans le patrimoine de l’entreprise, les biens acquis à titre onéreux sont enregistrés à leur coût d’acquisition, les biens acquis à titre gratuit à leur valeur estimée et les biens produits à leur coût de production.</p>
<p>• Le principe d’intangibilité du bilan d’ouverture. Le bilan d’ouverture d’une période correspond exactement au bilan de clôture de la période précédente.</p>
<p>• Le principe de présentation complète. Toutes les informations et valeurs correspondant à une position financière de l’entreprise doivent être présentées dans les documents financiers.</p>
<p>Les deux principes qui retiendront le plus notre attention dans le livre d&#8217;Yves de Préville sont celui d’indépendance des exercices et celui des coûts historiques. Les autres concernent soit des notions élémentaires d’honnêteté (sincérité, cohérence, intangibilité du bilan d’ouverture, présentation complète), soit des aspects purement d’opérations comptables, ou encore sont les résultats d’une longue pratique (prudence, continuité d’exploitation).</p>
<p><em><strong><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-891-3.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></em></p>
<pre>Extrait du titre <em><span class="BookTitle">Finance d'entreprise clés en main</span></em> d'<span class="AuthorName">Yves de Préville</span>
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>Darwin et la théorie de l’évolution</title>
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		<pubDate>Mon, 23 Jan 2012 14:56:19 +0000</pubDate>
		<dc:creator>polyadmin</dc:creator>
		
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En 1859, la publication de L’Origine des espèces de Charles Darwin (1809-1882) sur l’évolution biologique a révolutionné notre vision du vivant. Cette révolution est bien saisie par Theodosius Dobzhansky (1900-1975) lorsque celui-ci affirme que rien n’a de sens en biologie si ce n’est à la lumière de l’évolution. Conformément à cette [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/darwin-et-la-theorie-de-l%E2%80%99evolution/#more-2657" target="_blank">&gt; L’interview de <span class="AuthorName">Christian Sachse</span></a></strong></p>
<p><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-926-2.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Darwin et la thèorie de l'évolution" src="http://us.cdn4.123rf.com/168nwm/petrol/petrol0802/petrol080200022/2527590-abstract-vector-illustration-of-evolution.jpg" alt="" width="168" height="119" /></a>En 1859, la publication de L’Origine des espèces de Charles Darwin (1809-1882) sur l’évolution biologique a révolutionné notre vision du vivant. Cette révolution est bien saisie par Theodosius Dobzhansky (1900-1975) lorsque celui-ci affirme que rien n’a de sens en biologie si ce n’est à la lumière de l’évolution. Conformément à cette interprétation de la théorie de Darwin, il est impossible de fournir des explications en biologie sans faire référence à l’évolution passée. En d’autres termes, si l’on souhaite acquérir une meilleure compréhension de propriétés biologiques données, il est indispensable de tracer leur histoire évolutionnaire.<span id="more-2657"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/3VB1W32Y2og" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Dans ce sens-là, la biologie évolutionnaire fait figure de fondement historico-causal pour les disciplines non historiques de la biologie. Considérons par exemple la loi biogénétique de Ernst Heackel (1834-1919) selon laquelle l’ontogénèse récapitule brièvement la phylogénèse. C’est donc la connaissance de la chronologie des phases phylogénétiques d’une espèce donnée qui rend intelligible l’explication de certaines phases développementales de l’ontogénèse. De tels liens ont leurs fondements dans la théorie de Darwin, qui a mis en évidence le mécanisme sous-tendant l’évolution et selon lequelle toutes les espèces ont une origine commune. Dans ce chapitre, nous récapitulons les arguments principaux en faveur de la théorie de l’évolution, à savoir essentiellement le principe de la sélection naturelle et celui de l’origine commune des toutes les espèces.</p>
<p>Imaginons l’époque de Darwin, pendant laquelle la conviction que Dieu a créé le monde est très répandue. La conviction en l’existence d’un créateur intelligent du vivant est suggérée et renforcée par l’apparente perfection de la constitution des plantes et des animaux pour leur habitat ainsi que par la croyance que les espèces et les autres taxons sont fixes. Ainsi, grâce à son omnipotence Dieu a créé, à dessein, toutes les espèces avec des particularités permettant à chacune d’entre elles de remplir un rôle spécifique de manière parfaite. Les lions, pour illustrer simplement cette idée, ont été créés avec la propriété de se déplacer rapidement afin de pouvoir chasser des zèbres. Les zèbres, pour leur part, se déplacent rapidement pour pouvoir fuir, ils possèdent leurs zébrures caractéristiques pour pouvoir mieux se camoufler dans la savane et ils sont munis de dents particulières qui leurs permettent de couper et manger les herbes disponibles dans leur habitat. Une telle description téléologique (qui attribue des buts et présuppose une intention derrière les attributs) peut s’appliquer pareillement à toutes les autres espèces et à toutes leurs propriétés spécifiques. En étudiant ces propriétés, la théologie de la nature essaie de mieux comprendre l’intention de Dieu dans son acte de création. Il faut noter que Darwin a étudié la théologie à Cambridge (1828-1831) et qu’il était particulièrement enthousiaste au sujet des écrits de William Paley (1743-1805), dont la Théologie naturelle, y compris au niveau de l’idée de la conception divine de la nature. Cette vision du monde est pourtant la cible des arguments de Darwin lui même, arguments qui parlent en faveur d’une explication alternative, non théologique, de l’adaptation des espèces (voir aussi Sober 2000, chapitre 2, 2008a et 2008b, chapitre 2, Ruse 2006, chapitre 12, Baird et Rosenbaum 2007, Clavien 2011, Dawkins 1986 et 2006, Dennett 2006, Scott 2004, Garvey 2007, chapitre 12, Gould 1980 et 1999, Mayr 1993, chapitre IV-V et Murphy et Schloss 2008).</p>
<p>Pour comprendre l’évolution de la pensée de Darwin, posons-nous les deux questions interdépendantes que Darwin a lui-même posées dès son grand voyage de recherche sur le H.M.S. Beagle (1831-1836) (pour plus de détails sur Darwin, voir aussi Gayon 1992, chapitre 1, Kitcher 1985, Robert Richards 1992, et Ruse 2007). D’une part comment est-il possible que les individus d’une même espèce se distinguent selon nos observations mais restent tout de même parfaitement adaptés pour remplir leur rôle dans leur habitat? D’autre part, comment est-il possible que les espèces soient parfaitement adaptées à leur habitat du moment que ce dernier change inévitablement au fil du temps? Pour soutenir la portée de ces questions, considérons brièvement les progrès réalisés en géologie durant l’époque qui a précédé Darwin, des progrès qui n’ont cependant pas modifié l’opinion dominante sur la création du monde et son caractère immuable (voir aussi Mayr 1993, chapitre IV).</p>
<p>Au 18e siècle déjà, le géologue James Hutton (1726-1797) défend l’idée que des petits changements géologiques s’accumulent et conduisent vers de grands changements. L’érosion continue des roches crée par exemple le tassement des montagnes et les rivières creusent des vallées. Charles Lyell (1797-1875) généralise ensuite cette approche gradualiste dans ses Principle of geology (1830). Il montre que les processus géologiques actuels sont identiques à ceux du passé. Le monde change donc continuellement et avec la même force (géologie uniformitariste). Darwin, qui a lu l’œuvre de Lyell pendant son voyage, met ces idées en relation avec la biologie (voir Darwin 1859, chapitre 4 ; voir aussi Mayr 1985 et 1993, chapitre IV, et Ruse 2007). Etant donné la permanence du changement géologique, la question suivante se pose : comment les espèces peuvent-elles demeurer parfaitement adaptées à leur environnement sans un changement biologique correspondant ? Un tel changement biologique, pourtant, contredit l’idée de la création des espèces parfaites et figées.</p>
<p>L’étude des fossiles, à laquelle Darwin se consacre aussi pendant son voyage, contribue également à remettre en cause l’idée que les espèces ne changent pas et que celles-ci sont le résultat d’un acte créateur parfait. Au début du 19e siècle déjà, Georges Cuvier (1769-1832), considéré comme le fondateur de la paléontologie, établit l’anatomie comparative comme discipline de recherche en biologie. A travers l’étude des sédiments, Cuvier démontre qu’il existe des différences entre les espèces récentes et les fossiles et que ces différences augmentent avec la profondeur à laquelle les sédiments se situent. Cela suggère que les espèces changent peu à peu, ce qui correspond à l’idée du gradualisme en biologie. De plus, les travaux de Cuvier prouvent qu’il existe des fossiles d’espèces disparues (voir Damuth 1992). Au niveau des découvertes pertinentes à cet égard, la présence en Amérique du Sud de fossiles appartenant à une espèce disparue dans cette région mais partageant des similarités indéniables avec certaines races de chevaux toujours présents en Europe attira l’attention de Darwin durant son voyage. Les découvertes de ce genre remettent sérieusement en question l’idée de la création divine d’espèces immuables et parfaitement adaptées à leur environnement. L’évolution du vivant semble par contre évidente et cette évolution semble être liée aux changements géologiques (environnementaux).</p>
<p>De plus, si l’on examine les détails, il semble en réalité qu’il existe dans la nature des organismes avec des organes plutôt imparfaits. Cette réalité remet encore davantage la création divine en question et constitue un argument en faveur de l’évolution (voir aussi Gould 1980). Pour prendre un exemple classique, nos yeux, malgré leur complexité, présentent de nombreuses caractéristiques qui s’expliquent plutôt par des étapes évolutionnaires successives qui conservent certaines caractéristiques antérieures que par une optimalité absolue de chacune de ces caractéristiques (voir aussi Land et Fernald 1992, Fernald 2004, Gregory 2008 et Nilsson et Pelger 1994).<br />
Cependant, et en toute généralité, c’est une chose que de postuler l’évolution biologique, mais s’en est une autre, que d’expliquer une telle évolution et son lien avec les changements géologiques (voir aussi l’estimation de Darwin dans la préface de L’Origine des espèces). Pour mieux comprendre l’évolution, il faut déterminer les mécanismes et les conditions selon lesquelles cette évolution biologique a lieu. C’est là ce que Darwin a fait après son retour de voyage. Une fois l’hypothèse de l’existence de l’évolution biologique acceptée, il reste la question de savoir si des changements dans l’environnement d’une espèce aboutissent nécessairement à sa disparition et qu’est-ce qui se produit si tel n’est pas le cas. La possibilité extrême de la disparition d’une espèce est facilement compréhensible dans les cas de catastrophes, une période glaciaire par exemple. Darwin se focalise donc plutôt sur la question visant à comprendre comment des changements environnementaux moins extrêmes aboutissent à des changements d’espèces, y compris à l’émergence de nouvelles espèces.</p>
<p>L’explication de Darwin s’inspire de l’Essay on the principle of population de l’économiste Thomas Malthus (1766-1834; première édition de l’Essay en 1798). Il développe l’idée influente selon laquelle l’environnement est sélectif (voir Darwin 1859, chapitre 4 ; voir aussi M. Abrams 2009a, Mayr 2002, chapitre 4-6 et Stephens 2007). Dans un environnement donné, les ressources sont rarement suffisantes pour la survie et la reproduction de tous les individus d’une même espèce. Cette observation s’applique aussi aux espèces différentes qui occupent la même niche (pour le concept de la niche, voir chapitre 3). Dans une telle situation, il est évident que certaines propriétés sont plus avantageuses que d’autres pour accéder à ces ressources limitées. L’environnement est ainsi sélectif dans le sens ou` il permet à certains individus de se nourrir et de se reproduire mieux que d’autres (voir chapitre 5 sur l’environnement et la niche).</p>
<p>A partir de cet élément, il est possible d’ajouter les deux observations suivantes : 1) Il n’existe pas seulement de différences entre des individus d’espèces différentes, mais il existe également des différences entre des individus d’une même espèce. 2) La similarité relative entre des parents et leurs descendants, par rapport à la similarité entre d’autres individus, suggère qu’il existe un mécanisme de transmission des propriétés (hérédité des traits). Le fait que Darwin ait conçu de manière erronée le mécanisme soustendant la transmission héréditaire ne joue guère de rôle dans son explication du mécanisme de l’évolution (nous discuterons plus tard la synthèse de la théorie de l’évolution avec la génétique).</p>
<p>Chez Darwin un élément essentiel met en relation l’existence d’un mécanisme de transmission héréditaire de propriétés différentes et la compétition pour des ressources : les individus d’une espèce qui ont un avantage compétitif au niveau de l’accès aux ressources grâce à leurs propriétés particulières (qui sont transmissibles héréditairement) ont plus de chance de transmettre ces propriétés à leurs descendants que d’autres individus. C’est le principe de la sélection naturelle : le fait qu’une propriété est avantageuse pour la survie et la reproduction d’une espèce donnée dépend du contexte environnemental, lequel inclut les autres espèces : les propriétés les plus avantageuses s’accumulent chez l’espèce donnée tandis que les propriétés moins avantageuses ont tendance à disparaître au fil du temps (voir Darwin 1859, chapitre 3-5). Etant donné qu’il existe des environnements différents et que l’environnement change continuellement, le résultat de la sélection est en conséquence différent. Ce qui constitue une propriété avantageuse dans un contexte environnemental particulier peut se révéler être un désavantage dans d’autres conditions.</p>
<p>Compte tenu de ce qui précède, nous pouvons interpréter les catastrophes comme des changements d’environnement qui mettent en danger des populations voire des espèces entières dans le cas ou` les individus en question ne sont plus capables, en dépit de leur diversité phénotypique, de se nourrir et de se reproduire suffisamment (voir aussi Damuth 1992 et Sepkoski 2008 sur le concept d’extinction des espèces et sur la macroévolution). La disparition d’une espèce constitue ainsi un cas particulier, certes extrême, d’évolution. Des cas moins radicaux d’évolution sont les changements statistiques au niveau des génotypes présents dans une population ou une espèce donnée (nous les discutons plus en détail au chapitre 2). Cependant, la différence entre les cas catastrophiques et celui d’un changement de fréquences des génotypes est relative. Dans tous les cas, la sélection naturelle a tendance à diminuer les différences génotypiques dans le monde. Si dans une population et contexte donné les propriétés A, qui sont transmissibles héréditairement, sont plus avantageuses que les propriétés B, alors, si aucune autre force n’intervient, les individus porteurs des propriétés B ne vont à terme plus exister et les propriétés A seront alors fixées dans la population. Cela représente en un certain sens une catastrophe pour les gènes des propriétés B. Etant donné que la sélection naturelle semble, jusqu’ici, systématiquement aboutir à la disparition d’espèces, de populations ou de gènes, la question qui se pose est de savoir comment expliquer l’émergence de nouvelles espèces.</p>
<p>Nous présenterons plus loin une réponse génétique à cette question (ainsi qu’au chapitre 4). Découvrons tout d’abord l’explication de Darwin dépourvue de ces connaissances génétiques. Pour discuter l’approche explicative de Darwin, imaginons trois des îles Galapagos, a, b et c, et une espèce F de pinsons vivant sur l’île a. Supposons que les individus de cette espèce F se distinguent par certaines différences transmises de génération en génération. Il s’agit par exemple de becs plus ou moins profonds et longs. Admettons que les descendants des oiseaux à longs becs ont également de longs becs. Si la profondeur et la longueur des becs ne constitue ni un avantage ni un désavantage pour la survie ou la reproduction, il est possible que cette différence subsiste dans la population. Cet élément permet ici de préciser la portée de la sélection naturelle : la sélection naturelle diminue les différences de propriétés seulement lorsque ces propriétés constituent un avantage ou un désavantage par rapport à d’autres.</p>
<p>Dans ce contexte, imaginons que certaines conditions de vent rendent exceptionnellement possible l’arrivée de certains pinsons aux îles b et c. En comparant les trois îles, il existe des conditions environnementales différentes au niveau de la géologie, du climat, de la flore et de la faune. En fonction de ces conditions différentes, la profondeur et la longueur des becs joue un rôle important pour l’accès aux ressources et donc pour la survie et la transmission des propriétés à la génération suivante. C’est pourquoi les pinsons munis de becs profonds et larges accèdent mieux aux ressources disponibles sur l’île b. Par contre, sur l’île c, sur laquelle d’autres ressources sont disponibles, ce sont les pinsons munis de becs fins et longs qui y accèdent le mieux. Par conséquent, sur l’île b, la propriété d’avoir des becs profonds et larges a tendance à se fixer dans la population, tandis que sur île c, c’est plutôt le cas pour les becs fins et longs. Pouvons-nous considérer que ces évolutions sur les îles b et c constituent le premier pas vers l’émergence d’espèces nouvelles ?</p>
<p><strong><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-926-2.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></p>
<pre>Extrait du titre  <em><span class="BookTitle">Philosophie de la biologie</span></em> de <span class="AuthorName">Christian Sachse</span>
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>Sacrée foudre!</title>
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		<pubDate>Thu, 19 Jan 2012 09:56:37 +0000</pubDate>
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		<description><![CDATA[&#62; L’interview de Pierre Zweiacker
Il y a quelques années, la foudre tomba au coin de mon verger, où s’ébattaient une douzaine de poules âgées d’environ un an, fort assidues à pondre chacune leur œuf quotidien. Le tonnerre se confondit avec l’éclair, tant le point d’impact était proche, excluant toute manœuvre d’anticipation. Et mes douze poules [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/sacree-foudre/#more-2617" target="_self">&gt; L’interview de <span class="AuthorName">Pierre Zweiacker</span></a></strong></p>
<p><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-943-9.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Sacré foudre!" src="http://us.cdn2.123rf.com/168nwm/fesus/fesus1106/fesus110600026/9670624-big-thunderbolt.jpg" alt="" width="168" height="113" /></a>Il y a quelques années, la foudre tomba au coin de mon verger, où s’ébattaient une douzaine de poules âgées d’environ un an, fort assidues à pondre chacune leur œuf quotidien. Le tonnerre se confondit avec l’éclair, tant le point d’impact était proche, excluant toute manœuvre d’anticipation. Et mes douze poules de se précipiter dans le poulailler d’où elles ne sortirent plus durant trois jours, faisant du même coup la grève de l’ovule.</p>
<p>Contrairement à ce que certains auront peut-être un peu hâtivement supposé, il ne s’agissait pas de poules de la race des Leghorns, excellentes pondeuses certes, mais facilement victimes d’émotions incontrôlables. Soucieux de laisser vaquer ces volatiles en toute liberté, au risque de les voir confrontés à quelque mauvaise rencontre, j’avais préféré la race des Amberlinks, généralement bien plus optimistes et dotées d’une meilleure capacité de résilience face à l’adversité.<span id="more-2617"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/GzC5_5tP-20" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Las ! Terrorisées par le fracas des cieux, elles ne revinrent que lentement à un cycle de vie normal, exigeant un menu spécial de grains de maïs garantis bio et issus du commerce équitable.</p>
<p>Par analogie, on peut admettre que, pour la plupart des animaux, l’expérience de la foudre tombant à proximité d’eux se résume à une terrible frayeur, suivie de séquelles psychologiques plus ou moins durables. L’endroit occupé et l’activité pratiquée à ce moment-là resteront violemment associés, dans leur « esprit », à un choc insupportable&#8230; à éviter autant que possible. La neurobiologie a récemment montré, chez des souris, comment les expériences traumatisantes sont matériellement inscrites dans le cerveau par un réseau de molécules appelées glycoprotéines.</p>
<p>Or, en remontant dans l’histoire de l’Homme, on découvre des expressions symboliques du pouvoir de la foudre, datant de plusieurs millénaires. À n’en pas douter, la recherche d’une explication à ce cataclysme visuel, sonore et destructeur doit dater des premiers balbutiements d’abstraction auxquels s’exerça le cerveau de nos lointains ancêtres. Son origine se confond probablement avec celle de ce besoin, apparemment spécifiquement humain, de donner du sens aux phénomènes anxiogènes et aux souffrances qui en découlent.</p>
<p>On ne sait évidemment rien du sens que pouvait donner à la foudre, il y a quatre millions d’années, l’Australopithèque et son pichet de cervelle. Mais on raconte qu’un jour, il y a environ mille siècles, un hominidé déjà évolué, du nom de Neeka, vit sa petite sœur Naoki et leur mère frappées par un éclair de chaleur. Naoki, plongée dans le coma, revint à la vie active dès le lendemain. Mais la mère n’avait pas survécu, et les vautours commençaient à tournoyer au-dessus du cadavre. Alors Neeka eut un double problème.</p>
<p>Tout d’abord, pourquoi sa mère ne pouvait-elle revenir à la vie, comme sa petite sœur? Neeka s’agitait en tous sens, puis s’agenouillait en grognant près du corps, guettant le moindre mouvement, le plus petit signe d’un souffle vital. Les témoins de ces tragiques événements sont formels: Neeka voulait trouver une explication. Mais les vautours s’impatientaient, et Neeka se préoccupa alors du second problème: protéger la dépouille, afin de préserver ses chances de retour parmi les vivants. À cette fin, il inventa la sépulture. Il imagina sa mère partie dans un autre monde. Il lui offrit sa part de viande qu’il déposa près du corps.</p>
<p>Ne trouvant aucune explication au comportement singulier de Neeka, ses congénères le prirent alors pour un fou. Pourtant, cette douloureuse folie d’un genre inédit – probablement due à une infime mutation génétique – annonçait une ère nouvelle qui devait conduire inexorablement à l’humanité moderne, morale, politique, philosophique, scientifique, éthique et juridique.</p>
<p>Entre-temps, l’homme n’aura cessé de chercher des explications, qui se répartissent généralement en deux catégories : celles qui prétendent s’en tenir strictement à l’observation d’une certaine réalité objective que nous révèlent nos organes sensoriels, complétés par divers instruments. Et celles qui font appel à une puissance bienveillante, dont les desseins, parfois impénétrables, sont néanmoins d’une sagesse infaillible.</p>
<p>La sagesse infaillible nécessite la maîtrise de tous les phénomènes du monde en général, et en particulier du plus terrifiant d’entre eux, la foudre. Ainsi, dans les religions qu’élaborèrent les civilisations plus ou moins anciennes, on trouve toujours au moins une divinité préposée au maniement de ce redoutable choc météorologique. Et à l’image du Zeus des Grecs, le maître de la foudre est souvent le plus puissant et le chef des dieux. Quant à l’Être suprême des religions monothéistes, il utilise également la foudre à volonté, pour punir, venger, révéler, avertir ou rappeler qu’Il existe, à ceux qui tendraient à l’oublier, comme on le verra dans la première partie du présent ouvrage.</p>
<p>La seconde partie donnera la priorité aux explications objectives qui permirent de forcer l’éclair à suivre une barre de métal improprement appelée «paratonnerre» en français. La formulation des principes physiques qui aboutirent à cette découverte demanda des siècles. Mais des décennies supplémentaires ne furent pas de trop pour en répandre l’usage. Les dieux ne se laissèrent que difficilement déposséder de leur principal atout, et les rituels de protection – objectivement inopérants ou même meurtriers – qui prévalaient depuis la nuit des temps subsistent encore ici ou là de nos jours.</p>
<p>La foudre conserve en effet un certain potentiel émotionnel et fantasmatique. «Les paratonnerres sont-ils vraiment efficaces?», «Pourra-t-on un jour capter l’énergie de la foudre ? » ou encore: « Le téléphone mobile peut-il attirer la foudre?» Quelques questions parmi les plus couramment posées aux spécialistes du 21e siècle.</p>
<p>Et en voici une autre que j’ai relevée sur un blog d’adolescents : Le coup de foudre, est-ce que ça existe vraiment? Mais là, par chance, aucune protection connue ! Allez, mon gars, on te le souhaite !</p>
<p><strong>L’instrument des dieux (et des démons)</strong></p>
<p><em>«Le tonnerre gronde, ô mortels ! Qui fait entendre ce bruit menaçant ? Qui fait jaillir l’éclair du sein de la nue ? Regarde, ô pécheur, c’est le Maître du monde, c’est le bras du Très-haut qui lance la foudre.»</em> Jean Lanteires</p>
<p>Les plus anciens systèmes d’écriture se composaient de pictogrammes. Chacun d’eux représentait un objet de manière plus ou moins stylisée. Rien de plus naturel, sans doute, mais un peu limité tout de même: en matière de communication, les besoins de l’être humain ne se résument pas à établir des listes d’objets. Comment représenter des actions, des sentiments, des valeurs, des forces naturelles ou surnaturelles ?</p>
<p>Confrontés à ce problème, les scribes trouvèrent une solution astucieuse : réutiliser les pictogrammes existants, mais cette fois pour leur valeur phonétique. Vous ne savez pas comment représenter un fantôme ? C’est très simple : vous juxtaposez le pictogramme du « faon » avec celui de la « tomme », et vous obtenez un faon-tomme ! Et mille ans plus tard, les spécialistes du décryptage des écritures oubliées s’arrachent les cheveux (tant qu’ils en ont) à essayer de comprendre ce que ce faon pouvait bien faire avec cette tomme.</p>
<p>Néanmoins, le système s’avéra si pratique que tous les peuples tendirent à adopter des écritures alphabétiques, où finalement seul un nombre très limité de signes phonétiques suffit à produire une infinité de mots. Tous les peuples&#8230; à l’exception notable des Chinois qui persistent, entre autres choses fastidieuses, à mémoriser des milliers de petits dessins différents; et à faire tenir des grains de riz en équilibre sur des baguettes! Pourquoi tant d’archaïsmes ? Sommes-nous tentés de nous exclamer.</p>
<p>Or l’idéogramme semble bien vouloir prendre sa revanche sur l’alphabet, dans nos sociétés hyperavancées: signaux de la circulation routière, indications de lavage des vêtements, multiples codes des cartes de géographie et des guides gastronomiques, étiquettes de produits chimiques, etc. Les organisations soucieuses des droits des consommateurs protestent, depuis un certain temps déjà, contre cette prolifération croissante d’informations pictographiques qui « constitue davantage une source de confusion pour les consommateurs qu’une aide utile en matière de choix ».</p>
<p>Pourtant, renseignements pris auprès d’une entreprise spécialisée dans la signalétique, un certain pictogramme n’existe pas encore : celui qui signifierait « Attention foudre ». Et pour celles et ceux qui souhaitent échapper à une lecture purement passive de cet ouvrage, l’invention de ce pictogramme constitue une excellente occasion d’actionner les ressorts de leur créativité: S’il te plaît, dessine-moi un éclair ! Mais attention, toute confusion avec les panneaux de mise en garde que l’on voit dans les installations électriques sera sévèrement sanctionnée !</p>
<p>En revanche, le piratage des symboles de foudre utilisés dans différentes mythologies est autorisé, les droits d’auteurs étant généralement échus depuis des siècles ou des millénaires. Et là, une première surprise nous attend : l’étonnante convergence de ces représentations.</p>
<p><strong><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-943-9.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></p>
<pre>Extrait du titre <em><span class="BookTitle">Sacrée foudre</span> ou La scandaleuse invention de Benjamin F.</em>
de <span class="AuthorName">Pierre Zweiacker</span>
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>Le cinéma suisse en mutation</title>
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		<pubDate>Wed, 18 Jan 2012 07:45:30 +0000</pubDate>
		<dc:creator>polyadmin</dc:creator>
		
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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/le-cinema-suisse-en-mutation/#more-2615" target="_self">&gt; L’interview d&#8217;Olivier Moeschler</a></strong></p>
<p><a href="http://www.lesavoirsuisse.ch/livres/978-2-88074-916-3.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Le cinéma suisse en mutation" src="http://us.cdn1.123rf.com/168nwm/mik122/mik1221005/mik122100500068/7040519-old-projector-showing-the-film-in-dusk.jpg" alt="" width="168" height="109" /></a>Le petit monde du septième art helvétique a connu, ces dernières années, de profondes mutations. On parle à nouveau, et beaucoup, de «cinéma suisse»: pour évoquer ses films, certes, mais aussi de façon plus polémique sa politique. Trop souvent toutefois, les logiques à l’œuvre sont méconnues. Fin 2010, au Département fédéral de l’intérieur (DFI), s’est achevé, avec le départ du très médiatisé chef de la Section cinéma, un nouveau chapitre d’une longue histoire haute en couleurs. Un flashback s’impose donc sur la politique du septième art en Suisse, avec sa genèse autour de 1935, puis son vrai début, l’entrée en vigueur de la Loi sur le cinéma en 1963, et ses redéfinitions successives. <span id="more-2615"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/gOeHEX2xgkg" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>En Suisse peut-être plus qu’ailleurs, l’Etat, le cinéma et ses publics forment, depuis quelques décennies, un « triangle infernal » : il cristallise les relations toujours complexes, parfois houleuses, entre l’Art et l’Etat, alors que ne cesse de se redéfinir le rôle des pouvoirs publics dans leurs relations à la culture.</p>
<p><strong>Le cinéma devient une « question nationale » en Suisse et en Europe</strong></p>
<p>«Le problème du cinéma est devenu, pour la Suisse, une question nationale». Emise par la Confédération, cette phrase pourrait bien décrire la situation récente du septième art dans notre pays. Les films suisses sont revenus au premier plan. Certes très «américain» dans son style, Grounding – Les derniers jours de Swissair (2006) a touché le public helvétique, qui avait subi le choc des avions de la compagnie nationale cloués au sol, symboles d’un temps où la Suisse était fiable. En s’attaquant à l’armée, Charlie, le film! (2003) a aussi fait couler beaucoup d’encre, jusqu’à énerver les milieux de droite avec son humour pourtant plus troupier que subversif. En 2005, l’intronisation par le «ministre de la culture» – le chef du DFI – d’un nouveau responsable de sa Section cinéma, après avoir fait tomber quelques têtes, a confirmé que le cinéma, en plus haut lieu, était devenu un affaire nationale.</p>
<p>Mais la phrase liminaire de ces propos pourrait tout aussi bien dater des années 1960-1970. En Europe, la France ou l’Allemagne soutiennent, dès ces années, leur production de films, souvent en marge du mainstream américain. Le cinéma suisse, aidé par l’Etat dès 1963, crée le débat avec des films d’auteurs originaux, tels Charles mort ou vif (Alain Tanner 1969), Les Arpenteurs (Michel Soutter 1971), L’Invitation (Claude Goretta 1973) ou, côté alémanique, Heute Nacht oder nie (Daniel Schmid 1972), voire des films ouvertement critiques comme L’Exécution du traître à la patrie Ernst S. (Richard Dindo 1977) ou La Barque est pleine (Markus Imhoof 1981). Ce qui faisait du cinéma, pour certains, un «problème national». Envoyés urbi et orbi par Pro Helvetia en ambassadeurs d’une Suisse ouverte, ces cinéastes endossaient, nolens volens, leur rôle dans une politique de promotion officielle.</p>
<p>En réalité, notre phrase liminaire sur le cinéma comme question nationale date, qui le croirait, du milieu des années 1930! Car en Europe, ces années-là, le film devient le média moderne par excellence – et un outil de choix pour les Etats autoritaires. C’est pour réagir à cette situation que la Confédération convoque une conférence nationale en 1935 à Berne, qui marque en Suisse le début de l’intérêt de l’Etat pour le cinéma. Dès cette date on peut considérer qu’en Suisse le septième art est une «question nationale ». Il avait été une attraction foraine puis devint « théâtre du pauvre », activité peu considérée par les pouvoirs publics, par l’establishment, par les écoles et les universités, pas plus que par les autorités helvétiques au début du 20e siècle. Mais voici qu’il devient l’un des rares domaines culturels dont la Confédération, peu interventionniste, va s’occuper de près. Telle est l’étonnante ascension que voudrait retracer le livre d’Olivier Moeschler.<br />
<strong><br />
Un pays « sans politique culturelle »&#8230; sauf pour le cinéma, exception très peu helvétique</strong></p>
<p>Certes non, la Suisse ne passe pas pour un Etat aux grands gestes de politique culturelle. Dans ce pays fédéraliste, la culture relève des Cantons. Ce principe est encore répété dès le premier alinéa du récent article 69 de la Constitution fédérale (2000). Et en suivant le principe de la subsidiarité, l’art reçoit son impulsion majeure au niveau local, le plus «proche» des citoyens. Créé aussi tard qu’au milieu des années 1970, l’Office fédéral de la culture, l’OFC, au sein du DFI, n’a guère pour attributions que les musées nationaux, les archives fédérales et la bibliothèque nationale, tandis que les arts vivants sont soutenus par Pro Helvetia, à Zurich, fondation nationale financée par la Confédération mais autonome.</p>
<p>Cette discrétion confédérale en matière culturelle a son histoire. Si, au début du 20e siècle, «un certain concept de l’art national se met en place» en Suisse, la Confédération «ne cherche pas à “diriger et à réglementer” les Beaux-arts». Le Conseiller fédéral Hans Peter Tschudi, dont le rôle a été décisif dans la naissance de la politique du cinéma en Suisse, aimait citer Alberto Giacometti, qui lui aurait confié que « la culture doit se défendre par elle-même ». Au milieu des années 1970, le «Rapport Clottu», résumant les travaux de la «Commission fédérale d’experts pour l’étude de questions concernant la politique culturelle suisse», regrette: «L’Etat fédéral suisse ne dispose pas d’orchestres, de salles de théâtre ou de galeries d’art sur le plan national ».</p>
<p>Dans les années 1980-1990, deux initiatives populaires sont lancées pour faire entrer la culture dans la Constitution fédérale. Elles échouent, victimes de la résistance des Cantons, mais aussi des craintes alémaniques à l’égard d’une « culture d’Etat ». A la fin des années 1990, la cheffe du DFI, Ruth Dreifuss, affirme: « La politique culturelle suisse n’existe pas » (Journal de Genève et NZZ, 31.5.-1.6.1997). La toute récente adoption de la nouvelle Loi fédérale sur l’encouragement à la culture (LEC), en 2009, pourrait, à terme, changer la donne, avec un accroissement du rôle de l’échelon confédéral en la matière, ce que confirme également le « Message culture 2012-2015 » de l’OFC approuvé par le Conseil fédéral début 2011.</p>
<p>Le cinéma échappe toutefois à cette loi d’airain d’un Etat helvétique si discret en matière culturelle. L’article 71 de la Constitution précise en effet que «la Confédération peut promouvoir  la      production cinématographique suisse ». Et aujourd’hui, il ne se tourne pratiquement plus de film destiné au public, en Suisse, sans aide de l’Etat. L’aide de la Confédération s’inscrit souvent au centre d’un projet de tournage (complété par les apports cantonaux, communaux ou régionaux et ceux des fondations, de la télévision et du privé) et lui confère une certaine légitimité. Le crédit cinéma de la Confédération n’a d’ailleurs cessé d’augmenter, passant de 1 million en 1963 à près de 50 millions en 2010. Le graphique ci-contre montre que la production de longs-métrages en Suisse a vécu deux booms. L’un, autour de 1940 et sans aide de l’Etat, a été passager, dans le contexte particulier de la Seconde Guerre mondiale. L’autre, durable et croissant, décolle en 1970 avec l’extension de l’aide fédérale à la production de films de fiction.</p>
<p>On peut paradoxalement calculer que la Suisse est la plus grande nation européenne du cinéma – si on rapporte le nombre des films produits au nombre de ses habitants! Au début des années 2000, la Suisse sortait 4,5 longs-métrages de cinéma par an par million d’habitants, contre un peu moins de 3 en France, environ 2 en Italie et 1 en Allemagne (OFS 2006: 16). Et en termes d’aide publique au cinéma, la Suisse est en milieu de peloton (OFS 2006 : 33), atteignant, au milieu des années 2000, 2,75 € par tête d’habitant – loin derrière la France (8,70 €), la Norvège (6,87 €) ou le Danemark (6,64 €), mais devant l’Allemagne (2,49 €), la Belgique (2,32 €) ou le RoyaumeUni (1,91 €). Or, si le cinéma est un des rares domaines de la création dans lequel la Confédération exerce une action politique visible, le fait est que l’Etat est resté, en Suisse, une zone aveugle de la recherche.</p>
<p><strong>Une zone aveugle de la recherche : l’Etat</strong></p>
<p>Pourtant multiple et complexe, la politique culturelle suisse a été peu analysée. On cherche en vain des synthèses qui retracent, comme pour la France, «l’invention» (Urfalino 1996) ou «la genèse» (Dubois 1999), certes sinueuse, d’une politique culturelle fédérale. Il existe des articles sur les débuts de l’intérêt de la Confédération pour les arts (Jost 1987 et 1989), sur l’aspect juridique du domaine (Holland 2002) ou des études isolées sur Pro Helvetia (Hauser et al. 2010), la « Défense spirituelle » nationale (Crettaz et al. 1987) ou encore la politique culturelle extérieure (Doka 1956). Le «Rapport Clottu» (1975), vaste état des lieux illustrant l’espoir touffu d’un engagement culturel accru de la Confédération, est une référence isolée devenue un peu poussiéreuse. Vingt-cinq ans plus tard, une réplique plus modeste est venue préconiser, à l’inverse, une implication accrue du privé dans les arts (Schindler et Reichenau 1999).</p>
<p>En particulier, la politique du cinéma en Suisse a peu occupé les chercheurs. Des historiens se sont intéressés à la période controversée des années 1930 et de la Seconde Guerre mondiale, années où le cinéma – ce «lieu de rendez-vous d’une spéculation financière moderne, d’innovation artistique et de propagande idéologique des élites dominantes» (Jost 2004) – tisse des liens saillants avec l’Etat, ou du moins prend des dimensions politiques voire nationalistes, dans le cadre de la «défense spirituelle» de la Suisse. Plusieurs études sur ces balbutiements de la politique fédérale du cinéma ont complété nos propres recherches (Bäriswyl 1983, Cosandey 1986, Haver 1999, 2001b et 2004, Haver et Jaques 2003 et 2004, Kramer et Siegrist 1991, Pfister 1986, Pithon 1986 et 1987, Roth 1980).</p>
<p>Pour le reste, l’action de l’Etat dans le cinéma, souvent débattue dans les médias, est demeurée un terrain en friche de la recherche. Un ouvrage classique souvent cité (Wider et Aeppli 1981) s’intéresse davantage aux films qu’à la politique du cinéma et l’analyse s’arrête au milieu des années 1960, donc avant l’intervention plus marquée des pouvoirs publics. Il en va de même de l’ouvrage de référence de Hervé Dumont (1987), qui couvre la période 1896-1965. Parue il y a peu, la suite de cet opus (Dumont et Tortajada 2007), sur les années 1966-2000, est axée sur les films et les réalisateurs, sans éclairer le contexte institutionnel. Centrés sur le Nouveau cinéma suisse, les ouvrages de Freddy Buache (1974, 1995 et 1998) et de Martin Schaub (1983, 1985 et 1998), fervents défenseurs du cinéma d’auteur, ont contribué à ériger celui-ci en monument – et à noircir l’action de l’Etat : Buache fustige l’« indifférence » et la « démission complète des pouvoirs publics» ou de «Berne» en matière de cinéma  et croit pouvoir identifier – à cent lieues de l’histoire que raconteront les sources – un «patriotisme rance» dans les instances officielles . A peine plus nuancé, l’Alémanique Schaub estime que les cinéastes étaient «traités par l’Etat comme une quantité négligeable, n’ayant au fond pas voix au chapitre». On retrouve là les clichés bien connus du fonctionnaire incompétent et, en face, des cinéastes libres, créatifs et rebelles.</p>
<p>Signalons deux exceptions, déjà un peu anciennes. L’étude «de l’intérieur» de Thomas Maurer relativisait l’image d’un Etat faussement considéré comme «monolithique». Et le chapitre sur le cinéma dans un état des lieux du paysage médiatique,pointait la position ambivalente des cinéastes critiques et subventionnés: «Le consensus helvétique tend aujourd’hui, péniblement, à les faire accepter et à faire d’eux des membres dérangeants et décoratifs ».</p>
<p>Le livre d’Olivier Moeschler analyse sans a priori l’action de l’Etat dans le cinéma, en la réinscrivant dans une configuration plus large.</p>
<p><strong>Entre «trio» et «ménage à trois»: décrire une configuration</strong></p>
<p>Traditionnellement, l’analyse sociale de l’art voyait un binôme opposant, dans un face-à-face parfois stérile, les œuvres et la société. Dans son étude classique, Siegfried Kracauer a conçu les films comme le « reflet de la mentalité d’une nation ». Buache  et Schaub  ne faisaient pas autre chose quand ils opposaient certains films du Nouveau cinéma suisse, révélateurs des contradictions helvétiques, à une société suisse supposée réactionnaire et obtuse. Ce paradigme dual et réducteur, basé sur des approches philosophiques, tend aujourd’hui à faire place à une approche plus différenciée. Le sociologue Antoine Hennion propose de procéder à un «repeuplement» de l’art et de considérer tous les acteurs qui le font «tenir ensemble»: institutions, lois, représentations&#8230; Pour Howard Becker, un «monde de l’art»  est une longue chaîne de coopération qui va des artistes aux publics, en passant par les fournisseurs, les critiques, les marchands&#8230; Et Nathalie Heinich  relève, à partir de l’art contemporain, l’importance des débats controversés suscités par certaines œuvres dans leur définition.</p>
<p>Pour emprunter au sociologue Norbert Elias (1985) l’image du jeu d’échecs, nous allons décrire la «configuration» – ou la chaîne d’interdépendance – que forment l’Etat, le cinéma suisse et ses publics. Nous suivrons ses transformations successives des années 1930 à aujourd’hui. Au moins depuis 1963, les pôles de ce triangle font système en Suisse : le rôle de l’Etat, le genre de cinéma et la place des publics sont intrinsèquement liés et reconnus interdépendants. Depuis près de cinquante ans, tout ce qui touche au cinéma dans ce pays a relevé de la politique du cinéma. Au sein du pôle « cinéma », nous allons – sans éluder les autres secteurs : distribution, salles, conservation&#8230; – nous intéresser surtout à la production. La plus grande partie des moyens publics investis dans le cinéma lui est consacrée – environ 70% (OFS 2006) – et, surtout, c’est autour du moment délicat de la création des œuvres que les tensions entre l’Art et l’Etat s’exacerbent.</p>
<p>En analysant ce triangle, nous appliquerons la « totale symétrie de traitement » préconisée par certains sociologues. Nous voulons «rétablir, sans prendre parti, les points de vue et les projets des uns et des autres» (Akrich, Callon et Latour 1988: 7). L’histoire est un matériau de choix pour un tel projet, qui est pluraliste. C’est Michel Foucault qui relevait que l’analyse historique redonne la voix à différents possibles: elle met au jour les «redistributions récurrentes qui font apparaître plusieurs passés, plusieurs formes d’enchaînements, plusieurs hiérarchies d’importances, plusieurs réseaux de déterminations, plusieurs téléologies». Au-delà de l’immédiateté des événements et des débats médiatiques, nous voulons réinscrire l’action de l’Etat pour le septième art dans la « longue durée », dans ses tendances et ses enjeux de fond.</p>
<p>Dans le « film » du cinéma suisse et de sa politique que nous allons dérouler, il n’y a pas de bons ou de méchants. Il n’y a que des protagonistes – cinéastes, producteurs, associations, fonctionnaires – qui se battent parfois pour le premier rôle, avec leurs desseins et leurs stratégies, leurs réussites et leurs échecs. Et nous n’oublierons pas les rôles à contre-emploi, les showdowns dramatiques, les happy ends quand il y en a, mais aussi les retournements de dernière minute&#8230; Le triangle Etat-cinémapublics est, en Suisse, dans le meilleur des cas, un « trio » dont chaque membre joue harmonieusement sa partition. Il peut aussi – bien souvent – devenir un « ménage à trois » dans lequel rien ne va plus, les critiques fusent, les têtes tombent! Ce triangle sera notre guide, l’outil heuristique qui nous aidera à décrire la passionnante histoire de la genèse et des redéfinitions de la politique du septième art en Suisse.</p>
<p><em><strong><a href="http://www.lesavoirsuisse.ch/livres/978-2-88074-916-3.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></em></p>
<pre>Extrait du titre  <em><span class="Title">Cinéma suisse</span></em> d'Olivier Moeschler
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>La formule magique mise en cause</title>
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		<pubDate>Tue, 17 Jan 2012 08:48:22 +0000</pubDate>
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Au cours du 20e siècle, aucun pays démocratique occidental n’a disposé d’un gouvernement aussi stable que la Suisse. Depuis la fin des années 1950 et jusqu’aux années 1990, les élections de son pouvoir exécutif de sept membres, le Conseil fédéral, ont confirmé la même distribution des sièges aux quatre partis politiques [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p id="watch-headline-title" style="padding-bottom: 8px;"><strong><a href="http://www.polytechpress.com/la-formule-magique-en-question/#more-2601" target="_self">&gt; L’interview de<span id="eow-title" style="vertical-align: top;" title="La formule magique - Hervé Rayner - ppur.org" dir="ltr"> Hervé Rayner</span></a></strong></p>
<p><a href="http://www.lesavoirsuisse.ch/livres/978-2-88074-915-6.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="La formule magique" src="http://us.cdn2.123rf.com/168nwm/unkreatives/unkreatives1101/unkreatives110100077/8625324-3d-outline-of-switzerland-with-flag.jpg" alt="" width="168" height="119" /></a>Au cours du 20e siècle, aucun pays démocratique occidental n’a disposé d’un gouvernement aussi stable que la Suisse. Depuis la fin des années 1950 et jusqu’aux années 1990, les élections de son pouvoir exécutif de sept membres, le Conseil fédéral, ont confirmé la même distribution des sièges aux quatre partis politiques qui s’y trouvent représentés. <strong>Telle est la « formule » que l’on a pris l’habitude d’appeler « magique ».</strong> Pourtant, depuis les années 2000, en particulier depuis 2003, la répartition des sièges ne va plus de soi. Depuis 2008, les partis au gouvernement sont devenus cinq et rien ne nous dit ce qu’il adviendra dans un futur proche. Cet ouvrage s’inscrit dans l’actualité d’un débat scientifique et public – relayé aujourd’hui par des quotidiens comme la Neue Zürcher Zeitung ou Le Temps – qui met en cause la capacité du gouvernement à faire face aux défis de la Suisse contemporaine.<span id="more-2601"></span></p>
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<p>Le livre <a href="http://www.lesavoirsuisse.ch/livres/978-2-88074-915-6.html" target="_blank"><em>La formule magique</em></a> expose l’émergence, la consolidation, ainsi que le déclin de la formule magique. Pourquoi une telle répartition s’est-elle mise en place ? Quelles sont les conditions qui ont favorisé sa reconduction? Pourquoi est-elle remise en cause? Pour essayer de répondre à ces questions, notre perspective est résolument historique. La formule, souvent présentée comme l’emblème du compromis helvétique, est abordée selon deux interprétations majeures : l’une, institutionnaliste, y voit une conséquence de la complexité de l’architecture de l’Etat fédéral et la «nécessité » de composer entre droits référendaires et clivages culturels profonds ; l’autre, sociologique, la conçoit comme l’effet plus ou moins escompté de la pacification des conflits de classe et l’avènement du compromis social-démocrate dans l’après-guerre.</p>
<p>Sans nier l’apport de ces lectures, notre perspective met l’accent sur les pratiques observables – les conflits, les transactions, les cooptations – qui caractérisent les élections du Conseil fédéral. S’il est difficile de rendre compte de la formule magique sans considérer certaines conditions institutionnelles, socioéconomiques et culturelles, c’est bien par ses acteurs que cette architecture se réalise et se trouve reconduite dans le temps. A l’aide d’outils conceptuels de la science politique, nous essayerons de montrer comment la formule est le résultat d’une configuration à la fois complexe et changeante, où les intérêts, les stratégies et les tactiques – notamment celles des parlementaires et des partis politiques – jouent un rôle essentiel.</p>
<p>Nous commencerons par les règles – écrites et non écrites – qui régissent l’élection et le fonctionnement du Conseil fédéral et nous retracerons les principales étapes des élections au Conseil fédéral en tenant compte d’une des règles non écrites, le critère de l’appartenance partisane, à partir du régime «monocolore» radical, jusqu’aux gouvernements bourgeois multipartis, comprenant également les catholiques-conservateurs et les agrariens des années 1930 et 1940.</p>
<p>Nous allons ensuite montrer de quelle manière émerge un gouvernement à quatre, ouvert aux socialistes, à partir de leur première entrée au Conseil fédéral en 1943 avec un représentant, puis du retour à l’opposition en 1953 suivi, en 1959, par l’accueil de deux socialistes, la mise en place de la formule et la participation au gouvernement assurée pour tous les principaux partis politiques suisses. Afin d’illustrer les conditions complexes qui ont favorisé cette issue, nous prendrons notamment en compte la dynamique inter-partisane qui s’est mise en œuvre les semaines précédentes et le jour de l’élection.</p>
<p>Ensuite, nous aborderons la question de la durée du gouvernement à quatre, mettant en évidence l’importance des règles de l’élection, des stratégies et des intérêts propres aux participants, mais également le puissant récit légitimateur et la stabilité des rapports de forces parlementaires, ainsi que les conditions socioéconomiques qui ont limité les conflits politiques.</p>
<p>Puis nous chercherons à montrer comment, surtout depuis les années 1990, la formule magique devient un véritable enjeu de lutte politique. En 2003 s’impose la première modification de la distribution des sièges aux quatre partis participants.</p>
<p>Le chapitre suivant retracera la dynamique des élections les plus récentes au Conseil fédéral, en particulier entre 2006 et 2010. En quoi la perte de légitimité de la formule reflète-telle une augmentation de la compétition politique, ainsi qu’une transformation profonde des équilibres et du jeu partisans ?</p>
<p>Enfin nous reviendrons au sens de la formule magique, ou plus précisément à l’un des aspects importants qui l’ont rendue possible et durable. Nous sonderons sa légitimité – à la fois politique, scientifique et convenant aux simplifications du journalisme: elle s’est imposée comme le symbole par excellence d’une manière spécifique de définir l’identité helvétique. Elle apparaît comme une valorisation du pragmatisme et du compromis bien qu’elle soit devenue un objet de discordes.</p>
<p><strong>Consolidation et incertitudes de la formule magique</strong></p>
<p>Pendant deux générations, ou presque, jusqu’en 2003, l’élection des membres du gouvernement suisse confirme la stricte répartition des sièges selon le modèle de 1959, deux aux radicaux, deux au PDC, deux aux socialistes, un aux agrariens: chaque parti préserve pendant toute cette période le nombre de ses postes. Souvent présentée comme exceptionnelle sur le plan international, la durée de cette « formule » constitue une énigme scientifique qu’on ne saurait résoudre par l’appel à une sorte de « magie », celle qui dicterait aux parlementaires l’issue des élections au Conseil fédéral. Comment peut-on dès lors expliquer l’étonnante stabilité de cette équation ? Pourquoi les principaux partis politiques se sont-ils accommodés de cette solution pendant si longtemps ? Et que penser de son affaiblissement ?</p>
<p><strong>Une reconduction sans faille, ou presque</strong></p>
<p>Pendant trente ans, tout « renouvellement » intégral du Conseil fédéral, en fin de législature, confirme les membres de l’exécutif qui demandent une reconduction de leur mandat. L’enjeu se limite à la proportion de voix que chaque membre, lors de son élection ou réélection, récolte au sein du parlement. Leur éviction n’est que très rarement envisagée. Jusqu’au début des années 1980, lorsqu’un siège se libère et qu’une élection complémentaire s’impose, la majorité du parlement appuie en général massivement le candidat officiellement présenté par son groupe parlementaire. En l’absence de véritable concurrence, le candidat officiel est habituellement élu au premier tour.</p>
<p>Après 1959, lors de la première élection intégrale de 1963, ces règles du jeu manifestent déjà toute leur emprise. Si le flottement exceptionnel du scrutin de 1959 provenait de quatre démissions simultanées, le « renouvellement » intégral de décembre 1963 se présente très différemment. Les sept membres sortants se représentent pour un nouveau mandat et tous sont réélus. Nonobstant les critiques adressées à la « formule » en 1959, notamment par les radicaux, l’ensemble de la presse suisse, en commentant l’élection de 1963, parle d’«élection sans histoire», n’ayant soulevé «aucun problème». Ainsi la Gazette de Lausanne du 13 décembre: «Tout s’est déroulé le plus traditionnellement du monde, et lorsque M. Hess, président, a ouvert à 8h30 la séance de l’Assemblée fédérale, en annonçant que les sept magistrats sortants étaient à disposition pour une réélection, on savait qu’il n’y aurait pas de surprise, et que l’on allait tout au plus gloser sur de modestes décalages de voix. »</p>
<p>De même, pour les six élections de nouveaux membres du Conseil fédéral qui prennent place au cours des années 1960 (on doit repourvoir trois sièges radicaux, un catholique-conservateur, un agrarien et un socialiste), les partis gouvernementaux parviennent à faire élire leurs propres candidats sans difficulté, souvent au premier tour et avec d’excellents scores. Les groupes parlementaires donnent pour mot d’ordre d’élire les candidats présentés ou laissent la liberté de vote. Et les années 1970 ne diffèrent pas vraiment de la décennie précédente : sur sept élections complémentaires (dont une triple vacance en 1973), les candidats présentés sont élus au premier tour et à aucun moment la composition de la «coalition» n’est remise en question. Les enjeux se limitent aux querelles internes des partis politiques sur le choix de leurs candidats. Finalement, les pratiques attestent que les acteurs politiques ont fortement intériorisé une logique d’accommodement et de stabilité.</p>
<p><strong>Règles intériorisées, intérêts convergents et stabilité électorale</strong></p>
<p>L’institutionnalisation de la formule magique ne saurait s’expliquer sans l’emprise de ces règles écrites et non écrites pour l’élection du Conseil fédéral et son fonctionnement. Rappelons que l’élection de chaque membre du Conseil fédéral est individuelle, que la durée des mandats des conseillers fédéraux est soumise à leur «libre choix», que la Suisse ignore l’institution du vote de confiance parlementaire. Toutes ces dispositions favorisent une grande continuité dans la composition gouvernementale, soit pour chaque homme politique, soit pour l’organisme collectif. Chaque fois que la composition partisane change entre 1891 et 1959, c’est toujours en raison d’un retrait, plus ou moins volontaire, du parti détenant le siège: c’est le cas des radicaux à plusieurs reprises à partir de 1891, mais aussi des socialistes en 1953. Cette règle de continuité reste décisive dans les années 1960.</p>
<p>Le respect et la mise en pratique des règles électorales ne vont pas de soi. Elles ne constituent pas uniquement des contraintes, mais elles offrent des opportunités aux acteurs impliqués. La formule magique se maintient parce que tous les participants en tirent un profit, selon une logique de répartition des postes et des réseaux d’influence, basée sur la stabilité des rapports de force électoraux.</p>
<p>D’abord, une clé de répartition des sièges gouvernementaux prévue à l’avance réduit l’incertitude électorale lors des élections du Conseil fédéral. La reconduction de la formule magique va plus loin. Elle implique le respect d’une nouvelle règle informelle, une règle de confrontation restreinte, voire de désistement partiel, durant les élections parlementaires, évitant le risque de mettre en péril leur quote-part dans la distribution des sièges pour l’exécutif. Le respect de cette règle n’oblige pas à investir dans des coûteuses campagnes électorales, d’autant que les partis politiques disposent de peu de moyens financiers. En même temps, les partis bourgeois peuvent s’assurer d’une plus grande intégration du PS dans le jeu gouvernemental.</p>
<p>De plus, les quatre partis du Conseil fédéral trouvent un intérêt convergent au maintien de la formule dans la mesure où leurs représentants à l’exécutif peuvent conduire à long terme des politiques dans leurs domaines de prédilection.</p>
<p>Bien que régulièrement mis en minorité au Conseil fédéral, les socialistes parviennent à imposer ce qu’il considèrent comme des avancées sociales et trouvent un sens à leur présence au gouvernement. De plus, cette participation n’est pas jugée par les autres membres comme incompatible avec l’usage des instruments référendaires. Se voulant au centre de l’échiquier politique (Altermatt, 2000), les catholiques-conservateurs tirent également un grand profit dudit «gouvernement de tous», pouvant s’accorder, suivant les situations, avec le PS, le PRD et/ou les agrariens (qui deviennent l’UDC à partir de 1971). Malgré la diminution du soutien électoral et la perte de sièges gouvernementaux, les radicaux, fondateurs de l’Etat fédéral, peuvent continuer à jouer un rôle pivot sur le plan institutionnel, compte tenu de leur influence persistante dans les affaires gouvernementales et dans l’administration publique. A la fin des années 1980, une proportion élevée des hauts fonctionnaires de l’Etat fédéral se déclarent encore sympathisants ou membres du PRD.</p>
<p>Cependant, pour que tous les partis de gouvernement y trouvent leur compte, et de manière durable, une condition importante doit être maintenue : la stabilité des rapports de force dans le parlement; une stabilité qui est également la conséquence de l’application des règles de désistement, dans les campagnes électorales, que nous venons d’évoquer. En fait, durant plus de quarante ans, la formule magique reflète assez fidèlement la stabilité des groupes parlementaires. Dans l’Assemblée fédérale (les chambres réunies), le PRD dispose de 64 sièges sur 240 en 1959, 65 sièges sur 244 en 1987; le PDC, 64 et 61; le PS 55 et 47 ; l’UDC 26 et 29. Par ailleurs, durant ces décennies, lors des élections au Conseil national, les quatre partis gouvernementaux enregistrent un soutien très élevé des électeurs, avec une moyenne de 80-85% de sièges au total.</p>
<p><strong><a href="http://www.lesavoirsuisse.ch/livres/978-2-88074-915-6.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></p>
<pre>Extrait du titre  <span class="Title">La formule magique</span> de  <span class="Author">Elie Burgos</span>, <span class="Author">Oscar Mazzoleni</span> et <span class="Author">Hervé Rayner</span>
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>Dessins d&#8217;architecture</title>
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		<pubDate>Mon, 16 Jan 2012 09:04:07 +0000</pubDate>
		<dc:creator>polyadmin</dc:creator>
		
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		<description><![CDATA[&#62; L’interview de Joëlle Neuenschwander Feihl
Les Archives de la construction moderne (Acm) conservent depuis 2003 un fonds exceptionnel de dessins que le Genevois Frédéric de Morsier (1861-1931) a réalisés au cours de ses études d’architecture à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA) de Paris entre 1882 et 1890. Ces documents ont été collationnés par la [...]]]></description>
			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/dessins-darchitecture/#more-2609" target="_self">&gt; L’interview de Joëlle Neuenschwander Feihl</a></strong></p>
<p><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-941-5.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Dessins darchitecture" src="http://us.cdn3.123rf.com/168nwm/alchena/alchena1012/alchena101200076/8352537-fragment-of-an-interior-of-the-ancient-building-pictured-by-the-photographer-ink-and-watercolour.jpg" alt="" width="168" height="144" /></a>Les Archives de la construction moderne (Acm) conservent depuis 2003 un fonds exceptionnel de dessins que le Genevois Frédéric de Morsier (1861-1931) a réalisés au cours de ses études d’architecture à l’Ecole nationale supérieure des Beaux-Arts (ENSBA) de Paris entre 1882 et 1890. Ces documents ont été collationnés par la famille de Morsier auprès de plusieurs de ses membres pour être ensuite confiés aux Acm qui en ont établi le catalogue sous la direction de Martine Jaquet. Ils permettent de suivre l’itinéraire académique d’un étudiant de la fin du XIXe siècle dans ce qui passait alors pour la plus importante école d’architecture au monde.</p>
<p><span id="more-2609"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/zrGqCsnaJ9I?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Le livre de Joëlle Neuenschwander Feihl se propose de retracer ce parcours par l’image, des exercices les plus banals aux rendus les plus élaborés. Il permet ainsi de rendre compte de l’enseignement dispensé à l’ENSBA tel qu’il perdurera dans ses grandes lignes jusqu’en 1968, et d’apprécier les talents de dessinateur et d’aquarelliste de l’élève Morsier.</p>
<p>Les planches ne sont pratiquement jamais titrées et le plus souvent non datées. Leur attribution s’est faite grâce aux énoncés des concours et des épreuves, pour certains contenus dans le fonds, pour les autres disponibles à la Bibliothèque de l’Ecole des Beaux-arts et aux Archives de France, et grâce au relevé des valeurs que Frédéric de Morsier a acquises au cours de ses études, également conservé aux Archives de France.</p>
<p><strong>La primauté du dessin</strong></p>
<p>Annie Jacques, conservateur en chef des collections à l’ENSBA, dont les travaux ont nourri notre étude, fait observer que l’enseignement de l’architecture passe avant tout par le dessin: «Selon Alberti, le dessin est le lien privilégié entre l’architecture et les mathématiques. Il s’agit du dessin géométral, dessin scientifique, projection mathématique d’un objet ou d’un bâtiment en deux dimensions, donnant des proportions exactes sans tenir compte des déformations de la perspective. Cette idée de la primauté du dessin va dominer l’enseignement de l’architecture en France, depuis la fin du XVIIe siècle jusqu’au milieu du XXe siècle. La transmission du savoir architectural passe par la pratique en atelier et sur le chantier, mais également par l’exercice du dessin qui permet de formaliser la conception».</p>
<p>Le moment où Morsier suit sa formation coïncide avec l’apogée du dessin d’architecture. Les élèves étaient alors vivement incités à développer leur pratique de la discipline. Julien Guadet, professeur d’atelier puis, dès 1894, de théorie de l’architecture à l’ENSBA, écrit dans le livre premier de son cours Eléments et théorie de l’architecture: «Du dessin, une seule chose à dire: vous ne serez jamais assez dessinateur. Etudiez le dessin d’une façon sérieuse et sévère, non pour faire des images agréables, mais pour serrer de près une forme et un contour; apprenez à connaître votre modèle, quel qu’il soit, à le rendre fidèlement; soyez, en un mot, un dessinateur loyal, chose plus rare que vous ne le pensez. Seule l’étude du dessin vous rendra sensible aux proportions, à ces nuances extrêmement délicates qui défient le compas et que l’œil cependant perçoit; elle vous donnera la fécondité, l’imagination, la richesse artistique. Cela est si vrai que, par un phénomène constant, nous voyons toujours les plus habiles dessinateurs devenir les compositeurs les plus féconds, les plus doués d’imagination et d’ingéniosité, aussi bien pour concevoir les dispositions d’un plan que pour projeter une façade décorative; et cela doit être, car en art tout se tient, et le dessin est la pierre angulaire de tous les arts».<br />
<strong><br />
Le déroulement des études à l’école des beaux-arts</strong></p>
<p>L’atelier constitue l’axiome de base de l’ENSBA; l’élève choisit son professeur et passe la majeure partie de son temps dans l’atelier de ce dernier. Jusqu’en 1863, date à laquelle trois ateliers d’architecture sont créés au sein de l’Ecole elle-même, tous les ateliers étaient extérieurs. S’y côtoient les élèves des 1re et 2e classes dans un climat d’entraide mutuelle et d’émulation. Sous la houlette du chef d’atelier, les débutants y acquièrent les bases techniques et les premiers rudiments de composition architecturale, alors que les anciens de la 1re classe s’attachent à perfectionner leur art de la composition. «Au croisement des logiques d’usage et de l’intuition formelle, la composition enseigne à distinguer les éléments fonctionnels majeurs d’un équipement, qu’il s’agisse d’un palais de justice ou d’un hospice, puis à élaborer un canevas les mettant en relation les uns avec les autres. La pratique de la composition va de pair avec l’identification d’axes principaux et secondaires le long desquels se déploie le projet. La composition architecturale se pare du même coup d’une dimension analytique qui n’est pas sans rappeler la façon dont raisonnent les ingénieurs. Plus précisément, elle réalise une sorte de compromis entre les exigences fonctionnelles et la sensibilité artistique, compromis toujours fragile, ainsi qu’en témoignent les critiques dont fait l’objet l’enseignement des beauxarts, compromis instable, mais en même temps fécond puisque l’Ecole et ses méthodes vont acquérir très rapidement une notoriété internationale qui se prolongera jusqu’au milieu du<br />
XXe siècle».</p>
<p>Le passage d’une classe à l’autre est effectif lorsque l’élève a réuni un nombre déterminé de valeurs ou crédits, accumulés progressivement lors d’épreuves honorées de médailles et mentions. La durée des études n’est pas limitée dans le temps, mais l’élève doit rendre chaque année au moins deux concours sous peine d’être considéré comme démissionnaire. Il ne peut en outre fréquenter l’Ecole au-delà de 30 ans, âge limite pour se présenter au concours du Grand Prix de Rome qui couronnait la carrière de tout étudiant français, les étrangers en étant exclus.</p>
<p>La principale épreuve d’architecture est celle de composition architecturale. Les programmes sont rédigés par le professeur de théorie; ce sont avant tout les sujets d’Edmond Guillaume, successeur de Jean-Baptiste Lesueur en 1884 et qui se caractérise par un conservatisme certain, que Morsier va devoir traiter. Intitulée « concours   d’émulation », cette épreuve se déroule chaque mois, alternant concours d’esquisses et concours de projets rendus. L’esquisse s’exécute « en    loge », soit    dans    une pièce où le candidat est isolé pendant 12 heures. Pour les projets rendus, l’élève produit d’abord une esquisse en loge, qu’il développe ensuite en atelier pendant deux mois. Chaque esquisse rendue est dûment enregistrée par le surveillant – en l’occurrence Pierre Julien Barbier – qui y appose la date, le timbre de l’Ecole et sa signature; ainsi, toutes les esquisses conservées aux Acm sont datées, alors que les projets rendus, qui étaient exposés et jugés publiquement, ne le sont pas.</p>
<p><strong>Frédéric de Morsier, un genevois à Paris</strong></p>
<p>L’esquisse constitue la base de l’enseignement car elle permet de fixer le «parti» d’une composition, d’en énoncer le concept. Les projets rendus sont beaucoup plus élaborés tant au niveau de la forme que du fond. Ainsi la technique du dessin géométral, réalisé à l’aquarelle ou au lavis et modelé par des ombres projetées à 45°, «rend» le projet dans sa globalité: «Le dessin n’est complet que si, à la mise en place, c’est-à-dire au trait, il superpose le modelé, c’est-à-dire l’expression de la forme. Toute manière de modeler est bonne, si le modelé est juste. Pour nous, toutefois, le lavis est le procédé le plus ordinaire pour modeler un dessin d’architecture», écrivait Guadet (1901, p. 55). A côté de l’enseignement pratique en atelier, les élèves sont astreints à des cours oraux tels que dessin et modelage, mathématiques, perspective et géométrie descriptive, physique et chimie, techniques de construction, législation du bâtiment, littérature, histoire et histoire de l’art.</p>
<p>Enfin, l’élève qui a acquis tous les crédits requis peut se présenter aux examens de diplôme. Il lui est demandé de réaliser un projet d’architecture, comme s’il devait être exécuté; le choix du programme lui revient, mais doit être approuvé par le jury. L’élève élabore son projet dans l’Ecole ou hors de celle-ci, sans être limité dans le temps. Lors de l’examen, il est interrogé oralement sur les différentes composantes du projet, sur les parties théoriques et pratiques de la construction, sur l’histoire de l’architecture, sur des éléments de physique et de chimie appliqués à la construction et enfin sur des notions essentielles de législation du bâtiment et de comptabilité.</p>
<p>Frédéric de Morsier voit le jour le 25 octobre 1861 à Genève dans une famille aristocratique et influente. Le grand-père Alexandre-Auguste (17961858) a créé et administré des compagnies de transport; il a mené une carrière politique comme maire de la commune des Eaux-Vives, député et conseiller d’état. Son père Eugène (1826-1875), chrétien et philanthrope, très engagé au niveau de l’église et de la politique communale, est l’un des fondateurs de la Compagnie Générale de Navigation. Sa mère Marthe Puerari (1833-1884) est issue de la branche parisienne de la famille de banquiers Mirabaud; son frère Eugène est d’ailleurs associé à l’établissement parisien dès 1878, sous la raison sociale Mirabaud-Paccard-Puerari.</p>
<p>Nos connaissances sur le parcours scolaire et professionnel de Morsier avant son admission à l’ENSBA à l’âge de 21 ans sont très fragmentaires. De 1877 à 1879, il est élève du gymnase à Genève, mais nous ne savons pas s’il y obtient le grade de bachelier. Il suit parallèlement des cours de dessin; le rapport sur les Ecoles d’horlogerie et de dessin de la Ville de Genève de juillet 1877, qui dresse le palmarès des différents concours annuels, indique que Frédéric de Morsier a remporté une mention au concours « figures sur  dictées de mesures »     et un prix en  « constructions » dans le cadre de l’enseignement de la figure dispensé par le peintre et directeur de l’Ecole Barthélemy Menn depuis 1851 et qui fut le maître de nombreux peintres dont Ferdinand Hodler. Morsier ne semble pas être intégré dans l’Ecole d’architecture et d’ornement – autre section de la même école – que fréquentent de nombreux aspirants architectes. Il a éte toutefois impossible, en raison de lacunes dans les registres, de déterminer s’il a étudié plusieurs années dans cet établissement en ne remportant de distinctions qu’en 1877 à l’âge de 16 ans, ou s’il ne l’a fréquenté que cette année-là.</p>
<p>En Suisse, et particulièrement en Suisse romande, l’Ecole des Beaux-arts de Paris est la principale formation académique suivie par les architectes, bien qu’il existe depuis 1855 une telle formation à l’Ecole polytechnique de Zurich. De 1800 à 1920, ce ne sont pas moins de trois cents Suisses à avoir fréquenté l’école parisienne; et ils sont particulièrement nombreux au cours du dernier quart du XIXe siècle.</p>
<p>Au printemps 1882, Morsier se présente au concours d’admission de l’ENSBA qui se déroule en deux temps. Le premier examen porte sur une composition architecturale. Le sujet, dont le dessin ne nous est pas parvenu, se situe dans la grande tradition classique, les «aspirants» devant réaliser l’esquisse d’un péristyle. Cent cinquante candidats participent à cette première épreuve à réaliser en 12 heures. Notre candidat obtient des notes relativement médiocres de 7 (sur 20) en architecture comme en dessin, qui lui permettent toutefois d’accéder à la seconde partie de l’examen, portant sur le dessin et les branches scientifiques. Le 3 avril 1882, il est admis en 2e classe, se plaçant au 36e rang sur 50.</p>
<p>Frédéric de Morsier choisit d’intégrer l’atelier libre de Jean-Louis Pascal, particulièrement prisé des élèves suisses. Après un peu plus de trois ans d’études, ce qui constitue une bonne moyenne, il est admis en 1re classe, le 2 juillet 1885. Le second semestre de 1885 et l’année 1886 ne lui sont pas favorables. S’il exécute bien un certain nombre de projets, dont nous possédons les dessins, il ne récolte aucun crédit, peut-être par manque d’assiduité, car la période coïncide avec les premiers travaux qu’il effectue en dehors de l’ENSBA. En effet, il œuvre aussi à Genève; en octobre 1885, il participe au concours organisé par la Section des Beaux-Arts de l’Institut national genevois pour une fontaine monumentale à élever sur la place Neuve; en décembre de l’année suivante, il obtient avec Félix Bezencenet, un camarade suisse de l’atelier Pascal tout juste diplômé, un deuxième prix au premier concours pour le musée d’art et d’histoire.</p>
<p>Il restera près de cinq années en 1re classe. Son dossier personnel à l’ENSBA contient une lettre en date du 15 décembre 1888 de son oncle et banquier parisien Eugène Puerari, qui recommande son neveu à la bienveillante attention du directeur de l’Ecole et qui fait état du très fort désir de Frédéric de se présenter au plus vite à l’examen du diplôme, afin de pouvoir retourner à Genève pratiquer son art. Il lui manque encore 3,5 valeurs sur les 10 nécessaires, valeurs qu’il va acquérir très rapidement au cours du premier trimestre 1889, la dernière le 4 avril 1889 avec l’esquisse d’une volière. Or, il se passera encore une année et demie avant que Morsier ne se présente au diplôme en octobre 1890. Son projet Une villa près de Genève lui vaut la note de 3 (sur 4), tandis qu’il est gratifié d’un 2,5 en législation et d’un 3 en physique, chimie et géologie.</p>
<p><strong><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-941-5.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></p>
<pre>Extrait du titre  <em><span class="BookTitle">Dessins d’architecture</span></em> de Joëlle Neuenschwander Feihl
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>Alberto Sartoris : une expérimentation visuelle foisonnante</title>
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		<pubDate>Thu, 12 Jan 2012 08:26:43 +0000</pubDate>
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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/alberto-sartoris-une-experimentation-visuelle-foisonnante/#more-2591" target="_self">&gt; L’interview d&#8217;Antoine Baudin</a></strong></p>
<p><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-940-8.html" target="_blank"><img class="alignleft" title="Invention, construction, communication" src="http://us.cdn2.123rf.com/168nwm/tiero/tiero0807/tiero080700016/3262340-fine-image-3d-of-concrete-tunnel-and-lateral-lights-abstract-background.jpg" alt="" width="168" height="126" /></a><strong>Une collection témoin</strong> - Au fil d’une trajectoire qui se confond avec le XXe siècle, l’architecte et promoteur artistique italo-suisse Alberto Sartoris (1901-1998) a accumulé une somme impressionnante de documents de toute nature. Sa collection unique de photos d’architecture moderne a été étudiée et rendue accessible online (<a href="http://athanase.epfl.ch" target="_blank">http://athanase.epfl.ch</a>). L’on connaît mal en revanche sa bibliothèque, forte de 15 à 20 000 volumes, où figurent notamment, en éditions originales, les références majeures du modernisme international, tant artistique qu’architectural.</p>
<p><span id="more-2591"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/WBwQfjfKItE?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Plus restreint, le corpus bien distinct que représente la collection de périodiques a lui été inventorié. Il comprend plus de 600 titres des années 1920 à 1990, indicatifs des champs différenciés, disciplinaires, géographiques et historiques, visés par Sartoris. Les quelque 120 revues liées aux avant-gardes proprement dites ou, plus largement, au Mouvement moderne d’avant 1940, y sont logiquement minoritaires. Leurs qualités communes (diversité, représentativité, rareté extrême de certaines séries) en font pourtant un ensemble exceptionnel à l’échelle suisse et internationale. Des dizaines d’autres titres documenteront ensuite l’activité des courants dits aujourd’hui néoavant-gardistes de l’après-guerre.</p>
<p><strong>Internationale avant-gardiste</strong></p>
<p>Il faut d’abord rappeler le profil de cette avantgarde autoproclamée, instaurée dès les années 1910 mais active dans toute l’Europe à partir de 1922 surtout. Elle tente alors d’instituer une véritable    « Internationale    constructiviste » (congrès de Düsseldorf et de Weimar), certes passablement fictive, dont les revues seront précisément les principaux vecteurs. Le mouvement atteindra son apogée vers 1926 avant de décliner et finalement muter – ou disparaître – après 1932. Il aura suscité à cette date une bonne centaine de périodiques souvent éphémères.</p>
<p>Organes de formations aussi marginales qu’impécunieuses, ceux-ci sont réalisés par leurs membres mêmes, plasticiens, poètes ou architectes adeptes du Neues Bauen en gestation. Ces objets symboliques de faible tirage (500 exemplaires en moyenne) échangent et véhiculent programmes et manifestes, projets et reproductions, variantes d’un lexique plastique et conceptuel présumé universel, par-delà les barrières linguistiques. La forme percutante de la communication, application des expériences simultanées de la «nouvelle vision» (Neues Sehen), détermine la reconnaissance au sein du réseau, dont chaque revue publie la grille mouvante – à l’exemple de Noi reproduit plus loin.</p>
<p>Le programme commun, d’abord formulé dans une rhétorique de la rupture qui fait écho à la fermentation révolutionnaire de 1920, puis adapté aux nouvelles réalités socio-économiques, met en cause la nature même des pratiques artistiques. On y postule, au service du changement social, l’internationalisme et la transdisciplinarité, le primat du collectif sur l’individu, de la technique machiniste et organisationnelle sur l’«art», l’économie maximale des moyens. En témoignent les dénominations diversement élémentaires ou militantes, qui peuvent aussi désigner les références plus proprement plastiques des groupes: il s’agit de formules non figuratives dites constructivistes ou architectoniques, issues avant tout du suprématisme russe et du néoplasticisme hollandais, mâtinées de sources futuristes et dadaïstes (libération de l’image, de la lettre et du mot). L’impact du surréalisme ne s’y fera que rarement ou tardivement sentir.</p>
<p><strong>Vers l’architecture</strong></p>
<p>Leurs options idéologiques et techniques ont tôt fait de conduire la plupart des groupes avant-gardistes d’un travail sur la «surface» (le tableau) à une volonté d’investir l’«espace». C’est dire que l’architecture, idéalisée au titre de «condensateur social», devient le lieu d’intervention rêvé mais pratiquement inaccessible aux plasticiens. Dans ou hors les groupes constitués, leurs collègues architectes voient donc croître leur autorité en même temps que progressent leur accès à la commande et l’organisation du milieu: la fondation des CIAM (Congrès internationaux d’architecture moderne) en 1928 marque une étape décisive dans ce processus. Celui-ci brouillera bientôt les frontières du réseau originel, par ailleurs décimé par les divers effets de la grande Crise, laquelle disqualifie singulièrement ses utopies technologiques et sociales totalisantes.</p>
<p>Les plasticiens seront réduits à une marginalité redoublée et à un retour à l’œuvre dans son acception traditionnelle, gage de leur survie sur un marché de l’art moderne embryonnaire. C’est dès lors aux nouveaux organes du mouvement architectural de prendre la relève. Les acquis formels, plus rarement théoriques, de l’avant-garde historique y trouvent de nombreux usages, à commencer par les dispositifs visuels typographiques ou photographiques, dans une réalisation    de    plus    en    plus    « professionnelle ». Car l’institutionnalisation du Neues Bauen retentit directement dans la sphère connexe du Neues Sehen. A preuve l’autonomisation de la typographie et du graphisme publicitaire, qui justifie à son tour la publication de revues spécialisées. Mais la pluridisciplinarité le cèdera logiquement aux cloisonnements corporatifs, l’utopisme au pragmatisme, le radicalisme esthétique à des formules de compromis. Au fil des années 1930, ces «transferts» (Hélène Jannière) plus ou moins cosmétiques de procédés avant-gardistes gagneront tous les continents et donneront la mesure des progrès du Mouvement moderne, puis de sa banalisation.</p>
<p><strong>Frontières<br />
</strong><br />
Ces circonstances conditionnent diversement la nature de la sélection présentée ici. Sans compter que la collection est liée à la trajectoire même du compilateur Sartoris: dans bien des cas, elle reflète d’abord ses relations actives (interventions) ou passives (comptes rendus de ses travaux) avec les revues en question. Or il n’a été acquis aux valeurs de l’avant-garde et surtout concrètement introduit dans son réseau qu’à partir de 1927-1928 (futurisme, van Doesburg, CIAM). Après quoi ses canaux passeront prioritairement par ses confrères architectes.</p>
<p>Les organes de l’époque héroïque n’y sont donc pas nombreux – sinon sous la forme de copies ou de reprints. Ce corpus n’en est pas moins exemplaire: s’y révèlent clairement le processus général et les mécanismes de transition, puis d’appropriations diverses, architecturales ou plus trivialement politiques. Il donne aussi à voir les formes spécifiques que ces phénomènes peuvent prendre selon les situations nationales, sommairement qualifiées ci-dessous; leur représentation – inégale – désigne accessoirement l’étendue et la densité du réseau personnel tissé par l’architecte. Nous avons d’ailleurs conservé grosso modo cette classification nationale, principe d’organisation central de toute l’activité de collection et de propagande de Sartoris.</p>
<p><strong>Italie : libération du sens et pression politique</strong></p>
<p>L’Italie fournit à elle seule un bon tiers des périodiques de la collection: plus de 200 titres, très majoritairement de la période 1927 à 1943. Y figurent, à doses fort diverses, la plupart des revues artistiques et architecturales de la Péninsule. Trente d’entre elles au moins sont justiciables de notre label avant-gardiste ou «moderniste», dont les limites singulièrement floues renvoient ici aux ambivalences du régime fasciste, partagé entre «modernolâtrie» et nostalgie impériale.</p>
<p>Deux courants dominent, unis par de multiples liens personnels, esthétiques et idéologiques qu’incarnera justement Sartoris: le futurisme, puis, dans un second temps, les programmes dits rationalistes, formulés par une nouvelle génération d’architectes et de plasticiens.</p>
<p>Le mouvement futuriste a beau revendiquer rétrospectivement l’invention, vers 1910, du concept d’avant-garde, son apport au nouveau réseau des années 1920 vaut surtout par la revue Noi d’Enrico Prampolini. C’est que la créativité formelle mise en œuvre dans d’autres types de publications au titre des «mots en liberté futuristes» – le manifeste et le livre, par ailleurs nombreux dans la bibliothèque de Sartoris – peine à s’exprimer dans les périodiques, subordonnés qu’ils sont à un message discursif univoque. Et c’est l’élément traditionnellement pictural qui marque les maquettes de nombreux organes agréés ou, par effet de contamination, en marge du mouvement.</p>
<p>Il en ira de même, au-delà de recherches typographiques sporadiques, jusque dans les journaux géants (Futurismo, Artecrazia, Mediterraneo futurista) qui sont le versant le plus spectaculaire de cette seconde phase du futurisme, le plus problématique aussi, puisqu’il exhibe le plus crûment son allégeance au pouvoir politique.</p>
<p><strong><a href="http://www.ppur.org/livres/978-2-88074-940-8.html" target="_blank">&gt; Pour en savoir plus</a></strong></p>
<pre>Extrait du titre <em>Invention, construction, communication</em> d'Antoine Baudin
Publié aux Presses polytechniques et universitaires romandes</pre>
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		<title>The AugCog Era is now</title>
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		<pubDate>Wed, 11 Jan 2012 08:56:03 +0000</pubDate>
		<dc:creator>admin</dc:creator>
		
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			<content:encoded><![CDATA[<p><strong><a href="http://www.polytechpress.com/the-augcog-era-is-now/#more-2583" target="_self">&gt; Henry Markram on a TED talk video</a></strong></p>
<p><a href="http://www.routledge.com/books/details/9781439839935/" target="_blank"><img class="alignleft" title="Augmenting Cognition" src="http://us.cdn3.123rf.com/168nwm/ktsdesign/ktsdesign1109/ktsdesign110900016/10717193-interconnected-neurons-transferring-information-with-electrical-pulses.jpg" alt="" width="169" height="115" /></a>Our young brain, that of the homo-sapiens (“wise man” in Latin) is just about 100,000 years old. This newly evolved organ endows us with unique creative capabilities that no other living creature has. We invented spoken language and later writing (5000 years ago), art (30,000 years ago) and science (3500 years ago). We constantly develop new tools that overcome our physical limitations – telescopes (“far-seeing”), microscopes (“small-seeing”), airplanes, computers, cell phones, the Internet, to name but a few of the most obvious. In the last 100 years or so, the scientific discipline provided a dramatic new understanding of life itself (deciphering the human genome) and of the fundamental laws governing the universe (theory of relativity). Despite an explosive population growth, science has found new ways to increase our lifespan, which is expected to cross an average of 100 years during the 21st century.</p>
<p><span id="more-2583"></span></p>
<p><iframe width="560" height="315" src="http://www.youtube.com/embed/fQOnzzk3ByU?rel=0" frameborder="0" allowfullscreen></iframe></p>
<p>Humans – having become conscious of the fact that they have a brain and that their very survival and success in life depends on utilizing its power – have begun to race to reverseengineer it, understand it and augment it. Towards this end, we are harnessing every trick in the book of mathematics, physics, chemistry, pharmacology, biology, psychology, as well as computer science, information sciences, and engineering – thus giving birth to the AugCog Era.</p>
<p>This cognitive terra incognita capacity of the human brain has remained largely unexploited for 100,000 years, “waiting” to be unraveled, exposed, “tapped-on.” These hard-to-foresee capabilities rely on the high dimensional states that our brain can generate; indeed, the brain uses hundreds of billions of neurons – as many as there are stars in our milky way galaxy – and 1000 trillion synapses to send billions of messages every second through its intense network (see the “Human Connectome Project”: http://www.humanconnectomeproject.org/). Most importantly, the human brain is probably the most plastic and adaptive device in the universe, constantly changing its network connectivity to enable new capabilities each time we face a personal challenges. Indeed, numerous studies over the last decades have shown that perception, cognition, behavior, memory, our very self, are constantly changing throughout life. But to change the brain in a way that we can enhance its full potential requires dedication, discipline and perseverance and long durations of training, as any athlete, pianist, mathematician, artist, or philosopher will tell you. It is becoming clear that our cognitive capabilities can also be changed rapidly, either by a powerful emotional event (traumatic or pleasant), or via the use of physical manipulations such as neural prosthetics devices and pharmaceuticals.</p>
<p>The new AugCog research field focuses on the development of scientifically-based rigorous genetic, pharmacological, electrical and optical devices, combined with brain-computer interfaces (BCI), for restoring and augmenting cognition (e.g., cochlear implants for restoring hearing or using deep brain stimulations in Parkinson’s disease. The effect of various drugs for restoring cognitive functions (e.g., in cases of post-traumatic stress disorders) are also studied and even the possibility of growing living in vitro brain structures and using them as external systems, linked telemetrically and bi-directionally to the patient’s brain, is explored A subfield of AugCog is the study of the relationship between basic operational states of the brain, such as sleep, as well as of daily activities such as dance or listening to music and their impact on augmenting cognitive capabilities. The AugCog research field has far-reaching ethical and philosophical implications. What are the principles that should guide us when using drugs and other methods for repairing the sick brain and for enhancing cognition in normal brains? In the last few years there has been a growing debate in the scientific and bioethical community about these issues. The public, scientists and governments have started to discuss the social, ethical and policy implications of cognitive-enhancing methods.</p>
<p>The future of human cognition. Chapter 6 raises an interesting question – are we all potential geniuses? Do we all have almost unlimited capabilities that are “buried” in our neuronal networks and that are only sometimes expressed in unique individuals, be it great geniuses (like Einstein or Picasso) or autistic savants? And if this is indeed the case, then how might we effectively access this buried potential? Or should we? We do so constantly when learning a new skill, when daring to take new routes and imagine the yet unknown. But on top of this ongoing naturally evolving cognitive capability, which we pass from one to the other via information technologies, we have entered the age where we can begin to augment cognition by directly probing the brain with modern technologies, both virtual and physical. We should use these new capabilities very carefully, as they could potentially change the essence of who we are.</p>
<p>What is clear is that we are already in the AugCog era, where direct manipulation of the brain’s activity can augment human cognition. The book Augmenting Cognition, edited by Idan Segev and Henry Markram, is the first summary of this incredible new chapter in human history.</p>
<p>The book came to life following the great interest generated by a special issue on the same topic published in the journal Frontiers in Neuroscience.</p>
<p>http://www.frontiersin.org/books/e_book__frontiers_ in_neuroscie/24/all</p>
<p><strong>Sensory Stimulation for Augmenting Perception, Sensorimotor Behavior and Cognition</strong></p>
<p>Heritable features evolving during evolutional time spans are of ultimate advantage for survival and are without exception structurally fixed. To cope successfully with the ongoing changes of environmental conditions occurring during the lifespan of individuals, additional mechanisms, allowing rapid and effective adaptations that are not specified by genetic constraints, are required.</p>
<p>Given these obvious needs for plastic adaptations, it appears only natural that brain plasticity of various forms corresponds to a general and ubiquitous feature present in all sensory and motor modalities. In this context, it is surprising that the notion of adult neuroplasticity has not established itself sooner than the late eighties of the last century. Before that, the neuroscience community conceived adult brains as being non-plastic.</p>
<p>Numerous studies over the last decades have shown that perception, behavior and cognition are not constant, but subjected to manifold modifications throughout a lifespan. Major determinants include development and aging as well as alterations following injury-related brain reorganization. Other sources modifying behavior originate from constraints arising under conditions of everydaylife, e.g., particularities of occupation including life-style and prolonged episodes of heavy schedules of sensory stimulation as exemplarily present in blind Braille readers or musicians. It should be emphasized that, in spite of the substantial amount of plastic capacities, systems must possess a sufficient generic stability to warrant secure processing. Conceivably, there is a trade-off between modifiability and stability.</p>
<p>The gold standard to achieve high-level skills is to undergo long periods of training. For example, it takes several tens of thousands of hours of intense practice to develop musical skills typically observed in professional musicians. Similar numbers also hold for other expert performances in for instance sports. The recent development of non-invasive imaging techniques has made it possible to analyze the impact of training and practice also in humans. These investigations have provided overwhelming evidence that extensive use and practice result in substantial changes of associated cortical representations thus confirming previous data from animal studies. As a result, a large community in neuroscience now deals with brain changes evoked by training and practice to determine properties and mechanisms of neuroplasticity.</p>
<p>Findings from such studies imply that almost every possible action/occupation/training affects brain organization. As a consequence, brains must be regarded as dynamically maintained throughout life. In a way, this makes brains similar to muscles: much usage causes them to expand, while poor use makes them shrink. The new message is that this not only holds for the developmental period, or for functional changes in adults, but also for structural changes during adulthood. So, anything one does leaves a trace in the brain. The dark side of that is that also everything one does not do leaves traces, which implies that the acquisition of skills and capabilities can hardly be maintained without practice. There is no freezing of skills, because the brain machinery underlying them will deteriorate if not active, which has a number of severe implications particularly crucial in the field of aging.</p>
<p>For several years, a new and fascinating discipline has evolved, where neuroscientists now successfully make use of neuroplasticity principles to induce what can be called targeted brain plasticity. This is done by means of protocols that do not rely on the conventional modification of use, training and practice. Instead, by targeting defined brain areas, either through sensory stimulation, or through direct stimulation of the brain (by means of transcranial magnetic stimulation), learning processes can be induced. While, at first glance, such approaches should not work at all, there is now evidence of an almost amazing efficacy, including improvements of simple motor and perceptual tasks, but also much more cognitively demanding abilities.<br />
This chapter will provide a review of recent work where human behavior and perception has been modified through mere exposure, i.e., sensory stimulation protocols incorporating canonical protocols used to alter synaptic transmission and efficacy. In addition, we will briefly summarize alternative attempts based on sensory stimulation with the goal to improve human functions.</p>
<p><strong>Electric cochlear stimulation</strong></p>
<p>Cochlear prostheses have been used for many years to restore sound perception in patients with profound sensorineural deafness. By electrically stimulating acoustic nerve fibers, the central auditory system can be systematically activated to maintain the capacity for hearing. A first account of this approach can be traced back nearly half a century. When utilizing the critical period for speech acquisition, clinical data suggest that children implanted before 2 years of age have an excellent chance of acquiring speech understanding. Electrical implant stimulation does not rely on a perfect imitation of normal patterns of peripheral neural activity, but on a re-learning of input patterns arising from an artificial sensory input via electrical stimulation. In this sense, the ability for gaining/re-gaining speech understanding mediated by cochlear stimulation is accomplished by new strategies of cortical processing that serve higher processing stages to interpret new patterns arriving from the periphery. These strategies are thought to emerge from plastic capacities in response to the constraints imposed by the properties of the new input statistics that in turn result from the stimulation strategy employed.</p>
<p><strong>Vagal nerve stimulation</strong></p>
<p>Animal studies have shown that a pairing of sensory stimuli with electrical stimulation of the cholinergic nucleus basalis generates long-lasting changes in the cortical organization. However, as this form of intervention is highly invasive, it is not practical for clinical use. As vagal nerve stimulation triggers the release of neuromodulators known to promote plastic changes, it is a less invasive method for generating targeted neural plasticity by pairing vagus nerve stimulation with sensory inputs. Thereby, the efficacy of vagal nerve stimulation in enhancing plasticity seems to lie in the synergistic action of multiple neuromodulators acting in the cerebral cortex and other brain regions. In fact, it was recently demonstrated that in an animal model of tinnitus, where the auditory cortex was degraded by repeated exposure to intense noise, a repeated pairing of tones with brief pulses of vagus nerve stimulation completely eliminated the physiological and behavioral correlates of tinnitus in noise-exposed rats. This suggests that the approach might have potential clinical values.</p>
<p><strong>Virtual reality and augmented reality devices</strong></p>
<p>Virtual reality applications offer new opportunities to study not only brain activation under unusual stimulation conditions, but also for an enhancement of sensorimotor and cognitive functions in humans. Mobility impairment is a frequently encountered phenomenon often observed during aging or in association with neurological diseases such as Parkinson’s disease (PD) or multiple sclerosis (MS). Alternative to conventional rehabilitation by physiotherapy or medication, new attempts using closed-loop visual and auditory feedback provided through augmented reality or virtual reality devices have been shown to provide promising routes in the treatment of gait disorders.</p>
<p>Subjects have to wear a set of devices consisting of a small measurement-computation unit attached to the patient’s clothing, a headmounted microdisplay, and earphones. The measurement-computation unit is composed of a multiaxial accelerometer, a compass, and a microcontroller. The apparatus, operating in an adaptive closed-loop mode, displays a life-size virtual checkerboard-tiled floor superimposed on the real world by see-through glasses. The closed-loop or feedback concept implies that the speed of the cues is not externally set but is an outcome of the walking speed of the user. The visual effect is the same as that created when walking over earth-stationary cues such as a real tiled floor. Similarly, the rhythm of the auditory cue is determined by the rhythm of the steps, not vice versa.</p>
<p>The next stage involves the user regulating the gait pattern to create a constant optical flow and a rhythmic auditory cue. The virtual, augmented floor responds dynamically to the participant’s own motion and “moves” toward him at the speed set by the user as measured by the accelerometer. The tiled floor acts as a moving visual display whose speed is generated in a natural feedback fashion by its own motion. The grid allows the user to step on the tiles with long strides as they walk, though they do not become enlarged or modified based on previous step lengths. A steady gait synchronizes the patient’s own steps with the virtual tiles and the auditory cues, thus “rewarding” the user for making the effort. Additional auditory feedback from the patient’s own steps is provided through earphones. The auditory feedback is continuous so long as patients are walking steadily, producing a rhythm they hear based on their gait pattern.</p>
<p>This system has been successfully tested in PD and MS patients as well as in elderly individuals characterized by severe gaterelated gait impairments. Generally, most albeit not all users demonstrated improvements in walking velocity and stride length, which were maintained after device removal. Nevertheless, more studies are needed to understand the factors contributing to the overall compliance of the system. Independent of this, the use of closed-loop sensory feedback appears to be a new and effective intervention to improve gait and mobility without relying on medication.</p>
<p><strong><a href="http://www.routledge.com/books/details/9781439839935/" target="_blank">&gt; Learn more</a></strong></p>
<pre>Extracted from <em>Augmenting Cognition</em>
Edited by Idan Segev and Henry Markram
Published by The EPFL Press</pre>
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